{"id":1918,"date":"2014-02-23T09:01:45","date_gmt":"2014-02-23T08:01:45","guid":{"rendered":"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/?p=1918"},"modified":"2014-02-23T09:03:53","modified_gmt":"2014-02-23T08:03:53","slug":"les-intermittences-de-la-mort-jose-saramago","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/blog\/2014\/02\/23\/les-intermittences-de-la-mort-jose-saramago\/","title":{"rendered":"<strong>Les intermittences de la mort &#8211; Jos\u00e9 Saramago<\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-1.jpg\" alt=\"Intermittences 1\" width=\"324\" height=\"496\" class=\"alignnone size-full wp-image-1919\" srcset=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-1.jpg 324w, http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-1-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 324px) 100vw, 324px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Sur l\u2019auteur\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Jos\u00e9 de Sousa Saramago est un \u00e9crivain et journaliste portugais, n\u00e9 le 16 novembre 1922 \u00e0 Azinhaga (Portugal) et mort le 18 juin 2010 \u00e0 Lanzarote (\u00eeles Canaries Espagne). Il reste \u00e0 ce jour l&rsquo;unique auteur lusophone (parlant portugais) \u00e0 avoir re\u00e7u le prix Nobel de litt\u00e9rature.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-2.jpg\" alt=\"Intermittences 2\" width=\"604\" height=\"154\" class=\"alignnone size-full wp-image-1920\" srcset=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-2.jpg 604w, http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-2-300x76.jpg 300w, http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-2-600x154.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>L\u2019histoire.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Commen\u00e7ons par r\u00e9sumer rapidement l&rsquo;histoire : dans un pays ind\u00e9termin\u00e9, un 1er janvier, la mort s&rsquo;est mise en gr\u00e8ve. <\/p>\n<p>Plus personne ne meurt \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res. Mais cela ne veut pas pour autant dire que l&rsquo;on ne vieillit plus ou que l&rsquo;on n&rsquo;est plus malade. Impossible pour les agonisants de passer de vie \u00e0 tr\u00e9pas. <\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, cela pourrait passer pour une b\u00e9n\u00e9diction, mais c&rsquo;est un leurre dont la population va rapidement se rendre compte. \u00c0 commencer par les entrepreneurs de pompes fun\u00e8bres qui se retrouvent du jour au lendemain au ch\u00f4mage technique. S&rsquo;il n&rsquo;y avait que cette corporation qui avait \u00e0 souffrir de cette nouvelle situation, le pays pourrait \u00e0 la limite se satisfaire de cette \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<p>Mais la mort est une pierre fondatrice de nos soci\u00e9t\u00e9s ; sans elle toute l&rsquo;\u00e9conomie du pays est mise en faillite :<\/p>\n<p>&#8211;\tComment g\u00e9rer les h\u00f4pitaux et les maisons de retraite surpeupl\u00e9s ?<br \/>\n&#8211;\tQue faire de ces agonisants qui refusent de passer dans l&rsquo;au-del\u00e0 ?<br \/>\n&#8211;\tPourquoi payer des assurances vie qui ne servent plus \u00e0 personne ?<br \/>\n&#8211;\tEt surtout, comment justifier pour l&rsquo;\u00c9glise cette foi qui ne repose que sur la promesse d&rsquo;un paradis apr\u00e8s la vie ? <\/p>\n<p>Le premier ministre et son \u00e9quipe feront face tant bien que mal et tenteront de trouver des solutions.<\/p>\n<p>Mais au bout de six mois, la mort (avec une minuscule s&rsquo;il vous pla\u00eet) d\u00e9cide de reprendre son activit\u00e9. Et l\u00e0 encore, rien n&rsquo;est simple&#8230; Mais la plus grande surprise est finalement pour la faucheuse qui rencontre un violoncelliste qui refuse de mourir !<\/p>\n<blockquote><p>Que dire de cette histoire ?<\/p><\/blockquote>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les intermittences de la mort\u00a0\u00bb <\/em>fait partie de ce que la litt\u00e9rature a de meilleur. <\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9part pourrait s&rsquo;apparenter \u00e0 un sujet de bac philosophie. Jose Saramago d\u00e9montre avec maestria tout ce que ce r\u00eave peut avoir d&rsquo;inconsid\u00e9r\u00e9 ; il n&rsquo;omet aucune situation et propose une r\u00e9flexion riche et pertinente sur notre rapport \u00e0 la mort et la vie. Mais ce qui est magistral dans ce r\u00e9cit, c&rsquo;est la fa\u00e7on dont l&rsquo;auteur nous la livre. <\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture de Jose Saramago est extr\u00eamement dense : chaque chapitre est un paragraphe de plusieurs dizaines de pages, sans retour \u00e0 la ligne, sans d\u00e9marcation physique pour les dialogues (seules les majuscules nous indiquent les changements d&rsquo;interlocuteurs), sans point d&rsquo;interrogation, d&rsquo;exclamation et avec une pr\u00e9sence tr\u00e8s parcimonieuse de points finaux. Car si la mort n&rsquo;est plus, il n&rsquo;y a plus de fin, donc plus de points. Tout cela est d&rsquo;une logique implacable. Au d\u00e9but c\u2019est d\u00e9routant.<\/p>\n<p>Alors, me direz-vous, un texte, dans lequel les phrases s&rsquo;\u00e9ternisent et s&rsquo;\u00e9talent parfois sur des pages et des pages, doit \u00eatre tr\u00e8s difficile \u00e0 suivre ? Et je vous r\u00e9pondrai que c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;op\u00e8re la magie de la litt\u00e9rature. <\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de Jos\u00e9 Saramago, malgr\u00e9 sa structure, ou peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 elle, est d&rsquo;une fluidit\u00e9 \u00e0 couper le souffle. Les mots coulent de source, on se laisse porter avec d\u00e9lice par cette m\u00e9lop\u00e9e, comme on \u00e9couterait \u00e9merveill\u00e9 un violoniste virtuose jouer une partition particuli\u00e8rement difficile.<\/p>\n<p>Et ce qui est plaisant, c&rsquo;est que loin d&rsquo;\u00eatre pompeux, Jos\u00e9 Saramago s&rsquo;amuse ; tout en encha\u00eenant les doubles croches avec une grande ma\u00eetrise, il ponctue son texte d&rsquo;une ironie mordante et d&rsquo;un humour absolument d\u00e9licieux. <\/p>\n<p>Cela rel\u00e8ve d&rsquo;autant plus de l&rsquo;exploit que pendant les deux tiers du r\u00e9cit, l&rsquo;auteur n&rsquo;offre pas \u00e0 son lecteur de personnages auxquels il pourrait s&rsquo;identifier. Il est un narrateur ext\u00e9rieur, un observateur qui d\u00e9crit le marasme dans lequel tout un pays s&rsquo;enfonce inexorablement. Il y a bien \u00e7a et l\u00e0 des personnages que l&rsquo;on retrouve, mais plus pour leur statut (hommes de pouvoir, de religion, m\u00e9dias) que pour leur individualit\u00e9. <\/p>\n<p>Dans ces passages, l&rsquo;auteur brosse une critique f\u00e9roce des institutions et l\u00e0 encore c&rsquo;est un v\u00e9ritable r\u00e9gal.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re et troisi\u00e8me partie du roman marque une rupture dans la narration (d&rsquo;ailleurs, le point est de retour). <\/p>\n<p>Quittant la fable sociale et politique, Jose Saramago verse dans le r\u00e9cit fantastique et nous propose un pas de deux entre la mort incarn\u00e9e et un violoncelliste. <\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re partie, loin de me d\u00e9cevoir, a fini par me mettre \u00e0 genoux : la respiration se fait plus douce et on p\u00e9n\u00e8tre l&rsquo;intimit\u00e9 de ces deux \u00eatres que tout devrait d\u00e9sunir et dont le destin a d\u00e9cid\u00e9 de se jouer. Ce morceau de musique de chambre est un joyau, un roman dans le roman, un dernier \u00e9clat avant que le rideau ne retombe et que tout recommence.<br \/>\n_________________________________________________________________________<\/p>\n<p>Pour finir, un peu d\u2019humour noir :<\/p>\n<p>\u00ab Allez, Madame la Grande Faucheuse, ce n\u2019est pas le tout, mais au boulot ! Il y a du pain sur la planche (et entre)! Oui je sais, ce n\u2019est pas une vie \u2026 ! \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-3.jpg\" alt=\"Intermittences 3\" width=\"522\" height=\"587\" class=\"alignnone size-full wp-image-1921\" srcset=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-3.jpg 522w, http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Intermittences-3-266x300.jpg 266w\" sizes=\"(max-width: 522px) 100vw, 522px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur l\u2019auteur Jos\u00e9 de Sousa Saramago est un \u00e9crivain et journaliste portugais, n\u00e9 le 16 novembre 1922 \u00e0 Azinhaga (Portugal) et mort le 18 juin 2010 \u00e0 Lanzarote (\u00eeles Canaries Espagne). Il reste \u00e0 ce jour l&rsquo;unique auteur lusophone (parlant portugais) \u00e0 avoir re\u00e7u le prix Nobel de litt\u00e9rature. L\u2019histoire. Commen\u00e7ons par r\u00e9sumer rapidement l&rsquo;histoire : dans un pays ind\u00e9termin\u00e9, un 1er janvier, la mort s&rsquo;est mise en gr\u00e8ve. Plus personne ne meurt \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res. Mais cela ne veut pas pour autant dire que l&rsquo;on ne vieillit plus ou que l&rsquo;on n&rsquo;est plus malade. Impossible pour les agonisants de passer de vie \u00e0 tr\u00e9pas. \u00c0 premi\u00e8re vue, cela pourrait passer pour une b\u00e9n\u00e9diction, mais c&rsquo;est un leurre dont la population va rapidement se rendre compte. \u00c0 commencer par les entrepreneurs de pompes fun\u00e8bres qui se retrouvent du jour au lendemain au ch\u00f4mage technique. S&rsquo;il n&rsquo;y avait que cette corporation qui avait \u00e0 souffrir de cette nouvelle situation, le pays pourrait \u00e0 la limite se satisfaire de cette \u00e9tranget\u00e9. 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