{"id":4694,"date":"2015-08-01T08:17:17","date_gmt":"2015-08-01T06:17:17","guid":{"rendered":"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/?p=4694"},"modified":"2015-08-02T18:17:28","modified_gmt":"2015-08-02T16:17:28","slug":"lhistoire-begaie-la-dette-de-letat","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/blog\/2015\/08\/01\/lhistoire-begaie-la-dette-de-letat\/","title":{"rendered":"L\u2019histoire b\u00e9gaie \u2013 La dette de l\u2019Etat"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-1000-livres-tournois-1715.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-1000-livres-tournois-1715.jpg\" alt=\"billet 1000 livres tournois 1715\" width=\"604\" height=\"371\" class=\"alignnone size-full wp-image-4695\" srcset=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-1000-livres-tournois-1715.jpg 604w, http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-1000-livres-tournois-1715-300x184.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/a><br \/>\nBillet grav\u00e9 de 1000 livres de la Banque royale du 1er janvier 1720 \u00a9 www.cgb.fr<\/p>\n<h1>La cr\u00e9ation du papier monnaie<\/h1>\n<p>En 1715, l&rsquo;ann\u00e9e de la mort de Louis XIV, l\u2019\u00e9conomiste John Law revint en France pour offrir ses services \u00e0 Philippe d&rsquo;Orl\u00e9ans le r\u00e9gent.<br \/>\nLa situation financi\u00e8re du pays \u00e9tait dramatique. La dette de l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais repr\u00e9sentait dix ann\u00e9es de recettes fiscales du Royaume, car l&rsquo;ancien roi avait \u00e9norm\u00e9ment d\u00e9pens\u00e9 dans les guerres et les constructions.<\/p>\n<p> De plus, quelques dizaines de financiers s&rsquo;\u00e9taient fortement enrichis aux d\u00e9pens du royaume et \u00e9taient toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de quelques bonnes affaires. Les ministres et les personnalit\u00e9s influentes ne proposaient que des solutions de repl\u00e2trage. <\/p>\n<p>Le R\u00e9gent se d\u00e9cida alors de suivre les audacieuses th\u00e9ories de Law, qui semblaient lui permettre de r\u00e9gler le probl\u00e8me de l&rsquo;endettement et de relancer vigoureusement l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique du pays. John Law est autoris\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er en 1716 la Banque g\u00e9n\u00e9rale et \u00e0 \u00e9mettre du papier-monnaie contre de l&rsquo;or.<br \/>\nSon syst\u00e8me consistait \u00e0 remplacer la monnaie en m\u00e9tal par du papier-monnaie pour faciliter les transactions financi\u00e8res et r\u00e9duire la dette royale qui \u00e9tait \u00e0 un niveau d\u00e9sastreux apr\u00e8s des ann\u00e9es de guerre.<\/p>\n<p>Son syst\u00e8me conna\u00eet un grand succ\u00e8s et cro\u00eet jusqu&rsquo;\u00e0 cr\u00e9er les premi\u00e8res \u00e9missions de titres boursiers.<br \/>\nN\u00e9anmoins la forte sp\u00e9culation sur ces titres va conduire \u00e0 la ruine du syst\u00e8me entier et \u00e0 une panique. Les gens n&rsquo;ont plus confiance dans le papier-monnaie et cherchent \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer leur or.<br \/>\nQuatre ans plus tard, en d\u00e9cembre 1720, John Law, ruin\u00e9, est oblig\u00e9 de fuir le royaume. Sous la protection officieuse du R\u00e9gent, Law se r\u00e9fugie \u00e0 Venise.<br \/>\nSon syst\u00e8me a appauvri ou ruin\u00e9 10 % environ de la population fran\u00e7aise, principalement les riches actionnaires. <\/p>\n<p>Quelques autres par contre, b\u00e9n\u00e9ficiant de renseignements de premi\u00e8re main, purent s&rsquo;enrichir consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>Cependant, son syst\u00e8me, s&rsquo;il a fait perdre confiance dans le papier-monnaie et dans l&rsquo;\u00c9tat, a paradoxalement assaini la dette de celui-ci en la faisant prendre en charge par de nombreux \u00e9pargnants.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9conomie du pays a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e en un temps o\u00f9 le pays \u00e9tait paralys\u00e9 par l&rsquo;endettement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et la p\u00e9nurie de liquidit\u00e9s. Les agents \u00e9conomiques ont \u00e9t\u00e9 en effet lib\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;endettement chronique, et l&rsquo;inflation a permis d&rsquo;all\u00e9ger les dettes priv\u00e9es d&rsquo;au moins 50 %. Les grands perdants ont \u00e9t\u00e9 les rentiers.<\/p>\n<h1>Origine de la banqueroute<\/h1>\n<p>Le terme banqueroute nous vient de l&rsquo;expression italienne banca rotta (\u00ab banc cass\u00e9 \u00bb) : en Italie durant l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, les financiers officiaient dans les march\u00e9s o\u00f9 ils s&rsquo;installaient derri\u00e8re une table de comptoir qu&rsquo;on appelait \u00e0 cette \u00e9poque la banca (le banc, \u00e0 l&rsquo;origine du mot \u00ab banque \u00bb) qui leur permettait d&rsquo;accueillir leurs clients et d&rsquo;y n\u00e9gocier leurs affaires.<br \/>\nLorsqu&rsquo;un banquier faisait faillite et n&rsquo;\u00e9tait plus en mesure de r\u00e9gler ses dettes ou s\u2019il s\u2019adonnait \u00e0 l\u2019usure, il \u00e9tait alors d\u00e9clar\u00e9 fallito (insolvable, en faillite) et ne pouvait plus exercer son m\u00e9tier.<br \/>\nLe banquier d\u00e9chu devait alors rompre publiquement sa banca (bancarotta, banqueroute, bankruptcy) pour montrer aux habitants son interdiction d&rsquo;exercer toute activit\u00e9 financi\u00e8re : l&rsquo;expression banca rotta finit par se r\u00e9pandre dans le langage courant comme celle traduisant la situation d&rsquo;insolvabilit\u00e9 d&rsquo;un banquier.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les banquiers peuvent dormir sur leurs deux oreilles, c\u2019est-\u00e0-dire sur le matelas de l\u2019argent qu\u2019ils ne poss\u00e8dent pas : ils ont le droit de pr\u00eater dix fois plus d\u2019argent qu\u2019ils ont en r\u00e9serve parce qu\u2019il y a beaucoup moins de billets en circulation que d\u2019argent sur les comptes.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 ce vertige m\u00e9taphysique : que repr\u00e9sente l\u2019argent qui circule dans le monde ? O\u00f9 est le virtuel, o\u00f9 est le r\u00e9el ?<br \/>\n<a href=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-10-Ecus-desp\u00e8ce-1718.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-10-Ecus-desp\u00e8ce-1718.jpg\" alt=\"billet 10 Ecus d&#039;esp\u00e8ce 1718\" width=\"600\" height=\"297\" class=\"alignnone size-full wp-image-4696\" srcset=\"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-10-Ecus-desp\u00e8ce-1718.jpg 600w, http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/billet-10-Ecus-desp\u00e8ce-1718-300x149.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><br \/>\nBillet de la Banque g\u00e9n\u00e9rale pour 10 \u00e9cus. Ce billet, dat\u00e9 du 20 juin 1718, porte la signature de John Law. \u00a9 Mus\u00e9e de Poitiers<\/p>\n<h1>La fin du syst\u00e8me vue par un contemporain (extrait du Journal de Barbier, 1720)<\/h1>\n<blockquote><p>\u00a0\u00bb Hier mercredi, 17 juillet, la rue Vivienne fut remplie de quinze mille hommes, d\u00e8s trois heures du matin. La foule fut si consid\u00e9rable qu&rsquo;il y eut seize personnes d&rsquo;\u00e9touff\u00e9es avant cinq heures. Cela fit retirer le peuple. On en porta cinq au long de la rue Vivienne ; mais \u00e0 six heures on en porta trois \u00e0 la porte du Palais-Royal. Tout le peuple suivait en fureur ; ils voulurent entrer dans le palais, qu&rsquo;on ferma de tous les c\u00f4t\u00e9s. On leur dit que le R\u00e9gent \u00e9tait \u00e0 Bagnolet, qui est une maison de campagne de Mme la R\u00e9gente ; le peuple r\u00e9pondit que ce n&rsquo;\u00e9tait pas vrai, qu&rsquo;il n&rsquo;y avait qu&rsquo;\u00e0 mettre le feu aux quatre coins et qu&rsquo;on le trouverait bient\u00f4t. C&rsquo;\u00e9tait un tapage affreux par tout ce quartier-l\u00e0. Une bande porta un corps mort au Louvre. Le mar\u00e9chal Villeroi leur fit donner cent livres. Une autre bande se jeta du c\u00f4t\u00e9 de la maison de M. Law, et ils cass\u00e8rent toutes les vitres ; on fit entrer des Suisses pour la garder. Pendant ce temps, M. le R\u00e9gent avait peur ; on n&rsquo;osa pas faire para\u00eetre de troupes ; Rocheplatte, un de ses officiers de garde, avait fait entrer cinquante soldats. Quand ils eurent pris leurs mesures en dedans, \u00e0 neuf heures, ils ouvrirent leurs portes, et en un moment les cours furent pleines de quatre \u00e0 cinq mille personnes. M. Le Blanc, secr\u00e9taire d&rsquo;Etat de la guerre, y vint avec une garde de gens d\u00e9guis\u00e9s. M. le duc de Tresmes, gouverneur de Paris, y entra ; tout le peuple entoura son carrosse ; il jeta de l&rsquo;argent, m\u00eame de l&rsquo;or ; et il eut ses manchettes d\u00e9chir\u00e9es. M.Law y vint aussi dans son carrosse, dans la grande cour.<br \/>\nQuand son cocher vit cette populace, il commen\u00e7a \u00e0 dire qu&rsquo;il faudrait faire pendre quelqu&rsquo;un de ces Parisiens. Cette insolence anima le peuple ; on ne lui fit pourtant rien dans le palais, mais il sortit seul avec le carrosse. Une femme tenant la bride de ses chevaux lui dit : \u00a0\u00bb S&rsquo;il y avait quatre femmes comme moi, tu serais d\u00e9chir\u00e9 dans le moment. \u00a0\u00bb Elle avait perdu son mari. Il descendit, et lui dit : \u00a0\u00bb Vous \u00eates des canailles ! \u00a0\u00bb Le peuple le suivit, brisa le carrosse, et maltraita si fort le cocher&#8230; qu&rsquo;il mourra, dit-on, aujourd&rsquo;hui&#8230; Il ne s&rsquo;en est gu\u00e8re fallu qu&rsquo;il n&rsquo;y ait une s\u00e9dition enti\u00e8re&#8230; On a enterr\u00e9 des gens morts et cela s&rsquo;est apais\u00e9. Law voulait sortir, mais on l&rsquo;en emp\u00eacha. Il est demeur\u00e9 dans le Palais-Royal pendant huit jours sans sortir. Le R\u00e9gent s&rsquo;habillait pendant ce fracas ; il \u00e9tait blanc comme sa cravate, et ne savait ce qu&rsquo;il demandait&#8230; Depuis ce jour-l\u00e0, la banque n&rsquo;a point \u00e9t\u00e9 ouverte, et l&rsquo;on ne paye nulle part, en sorte que l&rsquo;on se passe d&rsquo;argent \u00e0 grand peine. Et pourtant on est si accoutum\u00e9 au luxe et au plaisir&#8230; que malgr\u00e9 la mis\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale o\u00f9 on est (puisque dans les meilleures maisons, il n&rsquo;y a pas un sol, et que la circulation des choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie et \u00e0 l&rsquo;entretien, se fait par cr\u00e9dit, tout le monde crie et se plaint), cependant je n&rsquo;ai jamais vu un spectacle plus rempli et plus superbe qu&rsquo;hier, mercredi 20 novembre, \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra&#8230; Il est impossible que le R\u00e9gent, en voyant tout cela, se repente, ni  soit touch\u00e9 de tous les maux qu&rsquo;il fait. \u00a0\u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Billet grav\u00e9 de 1000 livres de la Banque royale du 1er janvier 1720 \u00a9 www.cgb.fr La cr\u00e9ation du papier monnaie En 1715, l&rsquo;ann\u00e9e de la mort de Louis XIV, l\u2019\u00e9conomiste John Law revint en France pour offrir ses services \u00e0 Philippe d&rsquo;Orl\u00e9ans le r\u00e9gent. 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