{"id":1427,"date":"2013-12-18T17:01:57","date_gmt":"2013-12-18T16:01:57","guid":{"rendered":"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/?p=1427"},"modified":"2013-12-18T17:01:57","modified_gmt":"2013-12-18T16:01:57","slug":"haruki-murakami-chroniques-de-loiseau-a-ressort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/blog\/2013\/12\/18\/haruki-murakami-chroniques-de-loiseau-a-ressort\/","title":{"rendered":"<strong>Haruki Murakami \u2013Chroniques de l\u2019oiseau \u00e0 ressort<\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Oiseau-a-ressort.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Oiseau-a-ressort.jpg\" alt=\"Oiseau a ressort\" width=\"366\" height=\"524\" class=\"alignnone size-full wp-image-1428\" srcset=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Oiseau-a-ressort.jpg 366w, https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Oiseau-a-ressort-209x300.jpg 209w\" sizes=\"(max-width: 366px) 100vw, 366px\" \/><\/a><\/p>\n<p>J\u2019avais parl\u00e9, dans une critique pr\u00e9c\u00e9dente, de<a href=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/blog\/2013\/06\/29\/1q84-haruki-marakami\/\"> \u00ab 1Q84 \u00bb<\/a>  voici un autre roman du japonais Haruki Murakami.<\/p>\n<p>Haruki Murakami voit le surr\u00e9el dans le r\u00e9el, pousse les non-dits aux limites. Ses personnages sont en apparence banals mais rec\u00e8lent en eux d\u2019\u00e9tranges pouvoirs ou r\u00e9miniscences. Comme en chacun de nous, il suffit de creuser. Freud l\u2019a fait pour l\u2019Occident, mais l\u2019asc\u00e8se bouddhiste l\u2019a fait bien avant pour l\u2019Orient. Ce sont les profondeurs de l\u2019\u00eatre qui fascinent Murakami. <\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 ce roman au titre fran\u00e7ais \u00e9nigmatique. L\u2019oiseau \u00e0 ressort est le narrateur. C\u2019est aussi le cri strident d\u2019un rapace nocturne entendu dans un jardin, qui fait peut-\u00eatre passer de cette r\u00e9alit\u00e9-ci \u00e0 une autre. Toru est un trentenaire de Tokyo install\u00e9 dans la routine d\u2019une vie tranquille et terne mais qui va perdre successivement son chat, son travail, sa femme et son existence terne. Au ch\u00f4mage volontairement parce que son travail correctement pay\u00e9 dans le juridique l\u2019ennuyait, il se prom\u00e8ne, va faire les courses, la cuisine, et fait \u00e0 fond tr\u00e8s souvent le m\u00e9nage, selon la maniaquerie japonaise. <\/p>\n<p>Et puis le t\u00e9l\u00e9phone sonne. C\u2019est une femme qui veut parler avec lui \u00ab dix minutes \u00bb. De sexe. Une autre de seize ans dans son jardin, \u00e0 peine v\u00eatue d\u2019un maillot de bain fait de bouts \u00e9pars, l\u2019invite \u00e0 boire une bi\u00e8re pour savoir ce qu\u2019il fait l\u00e0. Une troisi\u00e8me lui demande un rendez-vous pour lui parler du chat perdu. Une quatri\u00e8me l\u2019aborde sur un banc public pour lui demander s\u2019il n\u2019a pas besoin d\u2019argent. Une cinqui\u00e8me fait l\u2019amour virtuellement avec lui, dans sa conscience\u2026 Toru est entour\u00e9 de femmes. <\/p>\n<p>Cet univers maternant, caressant, incite aux profondeurs. Il est fascin\u00e9 par un vieux puits \u00e0 sec dans un jardin voisin. Un vieux soldat ayant op\u00e9r\u00e9 en Mandchourie lui fait part d\u2019une exp\u00e9rience similaire durant la guerre, jet\u00e9 nu dans un puits \u00e0 sec en Mongolie pour y mourir. Le sadisme se m\u00eale au d\u00e9sir, ce qui est bien japonais. Nous aurons le r\u00e9cit de tortures, prisonniers abattus \u00e0 la batte de baseball ou \u00e9ventr\u00e9s \u00e0 la ba\u00efonnette, \u00e9corch\u00e9s vifs par un Mongol expert en \u00e9charnage de mouton, femme viol\u00e9e et dompt\u00e9e par la p\u00e8gre pour qu\u2019elle travaille pour eux. L\u2019amour et la mort ne sont jamais loin dans ce Japon lisse en apparence mais dont les profondeurs bouillonnent.<\/p>\n<p>En tout cas, le lecteur ne s\u2019ennuie jamais dans les chapitres courts de ce gros livre. L\u2019histoire se d\u00e9roule sans heurt, comme un ressort qui se tend. Les personnages s\u2019entrecroisent car, dans la mentalit\u00e9 bouddhiste, tout est li\u00e9. Le r\u00e9el et le r\u00eave, le conscient et l\u2019inconscient, le pr\u00e9sent et le pass\u00e9, l\u2019amour et la haine.<br \/>\nL\u2019id\u00e9al reste la fusion dans le grand tout, r\u00e9duit en cette vie au moins au couple amoureux. C\u2019est pourquoi Toru recherche sa femme partie \u00ab avec un autre \u00bb dit-elle, mais il sait que ce n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9. Celle-ci r\u00e9side ailleurs, dans ses relations avec ce fr\u00e8re froid et manipulateur qui a probablement pouss\u00e9 au suicide sa premi\u00e8re s\u0153ur et qui, devenu \u00e9conomiste m\u00e9diatique, songe \u00e0 une carri\u00e8re politique. Il a quelque chose du nazi, ce parfum qui monte du nationalisme militariste japonais d\u2019avant 1945. Cela sous des dehors techniques, ultramodernes et polic\u00e9s, ce qui le rend dangereux. Il aspire \u00e0 lui les \u00e2mes faibles.<br \/>\nToru est plus fort qu\u2019il ne croit lorsqu\u2019il r\u00e9siste, croise d\u2019autres r\u00e9sistants en divers lieux et \u00e9poques. Il gu\u00e9rit les tourments par son seul contact alors.<\/p>\n<p>Toru Okada change alors de nom pour s\u2019appeler Oiseau-\u00e0-ressort. Il rencontre des gens qui ont chang\u00e9 de nom, telles les s\u0153urs Kano Malta et Creta, inspir\u00e9es des \u00eeles grecques o\u00f9 l\u2019eau est charg\u00e9e de vertus, ou encore la m\u00e8re et le fils muet d\u2019une beaut\u00e9 stup\u00e9fiante, qui se font appeler Muscade et Cannelle. Il cherche en lui ce qui a bien pu bifurquer dans son existence. Puis il retrouve son chat, qu\u2019il nomme aussit\u00f4t autrement : Bonite. Il retrouve sa femme dans l\u2019imaginaire, prisonni\u00e8re de ce pass\u00e9 qui ne passe pas. Elle-m\u00eame se lib\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 lui de l\u2019emprise de son fr\u00e8re, qui a une attaque c\u00e9r\u00e9brale peut-\u00eatre pas sans lien avec les incursions mentales d\u2019Oiseau-\u00e0-ressort. Creta a un enfant apr\u00e8s l\u2019amour avec le gar\u00e7on, une fille qu\u2019elle nomme Corsica \u2026 <\/p>\n<p>Vous n\u2019avez rien compris ?<br \/>\nNe cherchez pas, laissez-vous emporter par la magie japonaise d\u2019Haruki Murakami. <\/p>\n<p>Il nous sort de la moralit\u00e9 biblique qui inonde nos romans d\u00e9goulinant de conventionnel. Il nous frotte d\u2019ailleurs, de bouddhisme zen et d\u2019exp\u00e9riences surr\u00e9elles. Ne vous laissez pas rebuter par la longueur du livre, vous le d\u00e9vorerez sans vous en apercevoir. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 en trois volumes au Japon, \u00e9crit comme en feuilleton car on a envie d\u2019en savoir plus. Vous d\u00e9couvrirez une autre face du Japon que l\u2019apparence lisse et besogneuse, tout un monde d\u2019amours et de tourments, travaill\u00e9 de pulsions qu\u2019il faut savoir ma\u00eetriser, ce qui n\u2019est pas facile.<\/p>\n<p>________________________________________________________________________________________<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019avais parl\u00e9, dans une critique pr\u00e9c\u00e9dente, de \u00ab 1Q84 \u00bb voici un autre roman du japonais Haruki Murakami. Haruki Murakami voit le surr\u00e9el dans le r\u00e9el, pousse les non-dits aux limites. Ses personnages sont en apparence banals mais rec\u00e8lent en eux d\u2019\u00e9tranges pouvoirs ou r\u00e9miniscences. Comme en chacun de nous, il suffit de creuser. Freud l\u2019a fait pour l\u2019Occident, mais l\u2019asc\u00e8se bouddhiste l\u2019a fait bien avant pour l\u2019Orient. Ce sont les profondeurs de l\u2019\u00eatre qui fascinent Murakami. D\u2019o\u00f9 ce roman au titre fran\u00e7ais \u00e9nigmatique. L\u2019oiseau \u00e0 ressort est le narrateur. C\u2019est aussi le cri strident d\u2019un rapace nocturne entendu dans un jardin, qui fait peut-\u00eatre passer de cette r\u00e9alit\u00e9-ci \u00e0 une autre. Toru est un trentenaire de Tokyo install\u00e9 dans la routine d\u2019une vie tranquille et terne mais qui va perdre successivement son chat, son travail, sa femme et son existence terne. Au ch\u00f4mage volontairement parce que son travail correctement pay\u00e9 dans le juridique l\u2019ennuyait, il se prom\u00e8ne, va faire les courses, la cuisine, et fait \u00e0 fond tr\u00e8s souvent le m\u00e9nage, selon la maniaquerie japonaise. Et puis le t\u00e9l\u00e9phone sonne. C\u2019est une femme qui veut parler avec lui \u00ab dix minutes \u00bb. De sexe. 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