{"id":4543,"date":"2015-06-23T11:22:56","date_gmt":"2015-06-23T09:22:56","guid":{"rendered":"http:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/?p=4543"},"modified":"2015-06-23T11:22:56","modified_gmt":"2015-06-23T09:22:56","slug":"1957-pierre-mendes-france-exprime-ses-doutes-europeens-avec-lucidite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/blog\/2015\/06\/23\/1957-pierre-mendes-france-exprime-ses-doutes-europeens-avec-lucidite\/","title":{"rendered":"1957, Pierre Mendes France exprime ses doutes europ\u00e9ens avec lucidit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Mendes.jpg\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Mendes.jpg\" alt=\"Mendes\" width=\"605\" height=\"302\" class=\"alignnone size-full wp-image-4544\" srcset=\"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Mendes.jpg 605w, https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Mendes-300x150.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 605px) 100vw, 605px\" \/><\/a><\/p>\n<h2>Le 18 janvier 1957 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, lors du d\u00e9bat sur la ratification du trait\u00e9 de Rome cr\u00e9ant le march\u00e9 commun, Pierre Mendes-France intervient contre ce texte, en particulier au nom de la d\u00e9mocratie. <\/h2>\n<p>Un discours qui laisse perplexe tant la vision parait actuelle et pr\u00e9monitoire. Ce discours est utile aujourd\u2019hui comme il le fut en 1957 pour d\u00e9montrer le pi\u00e8ge europ\u00e9en dans lequel la France, par ses repr\u00e9sentants, s\u2019est volontairement encha\u00een\u00e9e.<\/p>\n<p>De plus qui, savait que l\u2019Angleterre proposait alors un traite de libre \u00e9change susceptible de donner une autre perspective europ\u00e9enne moins int\u00e9gr\u00e9e ?<\/p>\n<p>Pour lire le discours en totalit\u00e9 :<a href=\"http:\/\/www.pouruneconstituante.fr\/spip.php?article526\"> Discours de Mendes France en 1957<\/a><\/p>\n<h1>Extraits du discours<\/h1>\n<h2>Sur le plan social<\/h2>\n<p>[&#8230;] Tout rel\u00e8vement de salaire ou octroi de nouveaux avantages sociaux n\u2019est-il pas d\u00e8s lors, et pour longtemps, exclu pour les ouvriers fran\u00e7ais ?<br \/>\nMes chers coll\u00e8gues, il m\u2019est arriv\u00e9 souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion \u00e9conomique. Mais je ne suis pas r\u00e9sign\u00e9, je vous l\u2019avoue, \u00e0 en faire juge un ar\u00e9opage europ\u00e9en dans lequel r\u00e8gne un esprit qui est loin d\u2019\u00eatre le n\u00f4tre.<br \/>\nSur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser d\u00e9pouiller de notre libert\u00e9 de d\u00e9cision dans des mati\u00e8res qui touchent d\u2019aussi pr\u00e8s notre conception m\u00eame du progr\u00e8s et de la justice sociale ; les suites peuvent en \u00eatre trop graves du point de vue social comme du point de vue politique.<br \/>\nPrenons-y bien garde aussi : le m\u00e9canisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l\u2019arr\u00eater.<br \/>\nLa France avait demand\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin de la premi\u00e8re \u00e9tape de quatre ans la continuation de la progression vers le March\u00e9 commun ne puisse \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 des pays participants, c\u2019est-\u00e0-dire avec notre assentiment. Une disposition de ce genre a \u00e9t\u00e9 cat\u00e9goriquement refus\u00e9e et il ne reste dans le projet de trait\u00e9, comme on l\u2019a rappel\u00e9 \u00e0 maintes reprises, qu\u2019une clause qui permet, apr\u00e8s quatre ans, de faire durer la premi\u00e8re \u00e9tape un an ou deux ans de plus. Ensuite, les d\u00e9cisions sont prises \u00e0 la majorit\u00e9.<br \/>\nM\u00eame si l\u2019exp\u00e9rience des six premi\u00e8res ann\u00e9es s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e n\u00e9faste pour nous, nous ne pourrons plus nous d\u00e9gager. Nous serons enti\u00e8rement assujettis aux d\u00e9cisions de l\u2019autorit\u00e9 supranationale devant laquelle, si notre situation est trop mauvaise, nous serons condamn\u00e9s \u00e0 venir qu\u00e9mander des d\u00e9rogations ou des exemptions, qu\u2019elle ne nous accordera pas, soyez-en assur\u00e9s, sans contreparties et sans conditions.<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, j\u2019ai envisag\u00e9 les relations commerciales entre pays associ\u00e9s et la disparition progressive des droits de douane et des protections entre eux. Mais il faut aussi examiner leurs relations avec les pays tiers, \u00e9trangers \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<h2> Ouverture vers la mondialisation du commerce <\/h2>\n<p>[\u2026] Il me para\u00eet impossible que l\u2019Assembl\u00e9e se prononce d\u00e9finitivement sur un objet aussi vaste et qui implique pour notre main-d\u2019\u0153uvre un risque terrible de ch\u00f4mage, sans qu\u2019elle connaisse exactement, par l\u2019\u00e9tude du nouveau tarif, cependant facile \u00e0 calculer lorsqu\u2019on dispose des \u00e9l\u00e9ments d\u2019information que le gouvernement poss\u00e8de, les cons\u00e9quences pr\u00e9cises qui peuvent en r\u00e9sulter pour l\u2019ensemble de nos productions.<\/p>\n<p>Toutefois, certaines clauses me paraissent plus pr\u00e9occupantes encore. C\u2019est, d\u2019abord, celle qui consiste \u00e0 dire que le tarif externe, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bas, qui prot\u00e8ge l\u2019industrie des six pays associ\u00e9s contre la concurrence des autres pays du dehors, pourra \u00eatre, pour certains produits, totalement suspendu par simple d\u00e9cision de la majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Compte tenu des tendances vers la fixation de tarifs tr\u00e8s bas qui r\u00e8gnent aujourd\u2019hui en Allemagne et en Belgique, nous risquons donc de voir sacrifi\u00e9es, totalement priv\u00e9es de protection, certaines productions essentielles pour nous et pour notre main-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>C\u2019est une clause parmi les plus pr\u00e9occupantes, les plus graves. C\u2019est une clause \u00e0 \u00e9carter en tout cas.<br \/>\nN\u2019oublions jamais que, parmi nos associ\u00e9s, l\u2019Allemagne, le Benelux et, pour certains produits, l\u2019Italie, voudraient un tarif commun le plus bas possible. Demain, l\u2019autorit\u00e9 supranationale \u00e9tant charg\u00e9e de fixer ce tarif, il sera donc in\u00e9vitablement mod\u00e9r\u00e9, parfois m\u00eame il sera nul ou bien, comme je viens de l\u2019indiquer, il pourra \u00eatre suspendu. Notre industrie se trouvera alors d\u00e9couverte contre toutes les concurrences du dehors, celle des \u00c9tats-Unis comme celle du Japon.<\/p>\n<p>Je le r\u00e9p\u00e8te, il faut que nous sachions que le d\u00e9mant\u00e8lement, la lib\u00e9ration vers lesquels nous nous acheminons ne vont pas seulement s\u2019appliquer aux \u00e9changes entre les six pays participants, ils s\u2019appliqueront aussi \u00e0 l\u2019\u00e9gard des importations venues du dehors. C\u2019est bien ce qui explique la d\u00e9claration officielle qu\u2019a faite le \u00ab\u00a0State Department\u00a0\u00bb et que vous avez lue dans la presse hier matin, d\u00e9claration dans laquelle le gouvernement am\u00e9ricain se f\u00e9licite particuli\u00e8rement du projet actuellement en discussion et, dit-il, de la lib\u00e9ralisation des contr\u00f4les sur les importations provenant de la zone dollar.<br \/>\nJe le r\u00e9p\u00e8te, c\u2019est l\u00e0 un aspect du probl\u00e8me sur lequel l\u2019opinion parlementaire et l\u2019opinion publique ne sont peut-\u00eatre pas suffisamment averties.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas, mes chers coll\u00e8gues, d\u2019un danger lointain. Il s\u2019agit d\u2019une situation qui va \u00eatre rapidement sensible.<\/p>\n<h2>Sur les d\u00e9localisations pr\u00e9visibles<\/h2>\n<p>[ &#8230; ] Il est pr\u00e9vu que le March\u00e9 commun comporte la libre circulation des capitaux. Or, si l\u2019harmonisation des conditions concurrentielles n\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9e et si, comme actuellement, il est plus avantageux d\u2019installer une usine ou de monter une fabrication donn\u00e9e dans d\u2019autres pays, cette libert\u00e9 de circulation des capitaux conduira \u00e0 un exode des capitaux fran\u00e7ais. Il en r\u00e9sultera une diminution des investissements productifs, des pertes de potentiel fran\u00e7ais et un ch\u00f4mage accru.<br \/>\nM. le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res indiquait hier que la lib\u00e9ration des mouvements de capitaux ne sera pas compl\u00e8te et qu\u2019un certain nombre de pr\u00e9cautions seront prises. Je m\u2019en r\u00e9jouis. Mais il a aussit\u00f4t pr\u00e9cis\u00e9 que la libert\u00e9 des mouvements de capitaux serait enti\u00e8re pour les investissements \u00e0 r\u00e9aliser \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des six pays participants.<\/p>\n<p>La question qui se pose est alors la suivante : o\u00f9 se feront les investissements futurs, cr\u00e9ateurs de nouvelles occasions de travail pour la classe ouvri\u00e8re, cr\u00e9ateurs de nouvelles occasions de production pour le pays tout entier ? O\u00f9 les capitaux des six pays participants se dirigeront-ils pour financer de nouveaux investissements ?<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que le mouvement naturel des capitaux, surtout des capitaux priv\u00e9s, sera orient\u00e9 vers les pays \u00e0 faibles charges, c\u2019est-\u00e0-dire vers les pays o\u00f9 la politique sociale, les obligations militaires et autres sont les moins co\u00fbteuses.<\/p>\n<h2>Sur l\u2019ind\u00e9pendance de la France<\/h2>\n<p>[ &#8230; ] Eh bien ! Mes chers coll\u00e8gues, le salut de la monnaie \u2014 je l\u2019ai dit souvent \u00e0 cette tribune \u2014 exige parfois une politique financi\u00e8re de courage et de rigueur. Des sacrifices peuvent \u00eatre n\u00e9cessaires et peut-\u00eatre avons-nous quelquefois dans ces derni\u00e8res ann\u00e9es manqu\u00e9 du courage qu\u2019il aurait fallu pour les faire aboutir. Mais il appartient n\u00e9anmoins au Parlement de choisir ces sacrifices et de les r\u00e9partir et je supporte mal l\u2019id\u00e9e que ces sacrifices peuvent \u00eatre demain dos\u00e9s pour nous, choisis pour nous, r\u00e9partis pour nous par les pays qui nous sont associ\u00e9s et dont l\u2019objectif premier n\u2019est pas n\u00e9cessairement le mieux-\u00eatre en France pour la masse de nos concitoyens et le progr\u00e8s de notre \u00e9conomie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 18 janvier 1957 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, lors du d\u00e9bat sur la ratification du trait\u00e9 de Rome cr\u00e9ant le march\u00e9 commun, Pierre Mendes-France intervient contre ce texte, en particulier au nom de la d\u00e9mocratie. Un discours qui laisse perplexe tant la vision parait actuelle et pr\u00e9monitoire. Ce discours est utile aujourd\u2019hui comme il le fut en 1957 pour d\u00e9montrer le pi\u00e8ge europ\u00e9en dans lequel la France, par ses repr\u00e9sentants, s\u2019est volontairement encha\u00een\u00e9e. De plus qui, savait que l\u2019Angleterre proposait alors un traite de libre \u00e9change susceptible de donner une autre perspective europ\u00e9enne moins int\u00e9gr\u00e9e ? Pour lire le discours en totalit\u00e9 : Discours de Mendes France en 1957 Extraits du discours Sur le plan social [&#8230;] Tout rel\u00e8vement de salaire ou octroi de nouveaux avantages sociaux n\u2019est-il pas d\u00e8s lors, et pour longtemps, exclu pour les ouvriers fran\u00e7ais ? Mes chers coll\u00e8gues, il m\u2019est arriv\u00e9 souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion \u00e9conomique. Mais je ne suis pas r\u00e9sign\u00e9, je vous l\u2019avoue, \u00e0 en faire juge un ar\u00e9opage europ\u00e9en dans lequel r\u00e8gne un esprit qui est loin d\u2019\u00eatre le n\u00f4tre. Sur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser d\u00e9pouiller de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[21,22],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4543"}],"collection":[{"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4543"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4543\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4546,"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4543\/revisions\/4546"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-andre-d-olerargues.com\/wpdossier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}