Réflexion sur la Raison et l’Intuition

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Raison et intuition
« L’intuition est un don sacré et la raison, une fidèle servante. Nous avons crée une société qui honore la servante en oubliant le don. » Albert Einstein

La raison est un processus mécanique de la matière, c’est le fonctionnement normal de « l’ordinateur cerveau » basé sur l’acquis stocké dans la mémoire. C’est le déroulement de la pensée.

L’intuition c’est un message reçu ou capté quand la pensée est silencieuse. Ce qui est très rare. C’est un éclair de révélation qu’on n’attendait pas. Il vient on ne sait d’où peut-être d’une dimension immatérielle qui est le siège de la mémoire de l’univers et au-delà de tout ce qui existe. Les croyants diront : la liaison avec le Divin, et tout le monde peut dire : la dimension transcendantale.

La raison a pour grande caractéristique d’être toujours relative. C’est très important d’en être conscient. Tous les raisonnements de la pensée se font par rapport à certains postulats qu’on accepte au départ comme étant la vérité. De telle sorte que tout ce qui est affirmé par la Raison (et donc tout ce que l’on exprime) ne peut être que relatif par rapport à un savoir donné, incomplet, et momentané.

L’intuition nous connecte à la dimension transcendantale et nous permet d’avoir une certaine sensation de cette dimension, mais non une perception complète. Aucun de nos organes des sens ne nous donne d’information venant de cette dimension. Nous avons conscience de la totalité de l’univers, nous le sentons mais nous n’en percevons rien. L’intuition c’est une fenêtre qui s’ouvre quelquefois sur la Conscience de l’Univers et au-delàs.

La raison ne peut nous offrir qu’une infime représentation de l’univers, celle de nos sens. La raison c’est le provisoire, le temporaire, ce qui meurt.

L’intuition c’est la Conscience, l’Eternel, l’Universel. Sans doute la vie.

La raison nous donne donc des images purement relatives de ce qui est, et qui d’ailleurs, se modifieront avec le temps qui passe en fonction des modifications de l’acquis humain individuel et collectif. C’est là que l’on touche du doigt que les fruits de la pensée ne sont jamais absolus et ce, que ça concerne la science ou les croyances spirituelles. C’est la grande fragilité des croyances humaines, au nom desquelles on tue si facilement, mais c’est une autre histoire.

L’intuition trouve sont ouverture dans le silence de la pensée. La pensée est toujours en ébullition, c’est pourquoi l’intuition se manifeste par « flashs » très courts, les silences de la pensée sont brefs et inattendus. On en revient toujours à la base des spiritualités asiatiques : c’est la pensée qui est l’écran qui cache la Conscience du Tout.

La raison est alimentée par toutes nos perceptions qui sont transmises par nos cinq sens, et toutes les informations nécessaires à notre vie quotidienne passent uniquement par nos organes biologiques, donc un phénomène intuitif ne peut survenir que par hasard. Pourtant ce genre d’événement se produit tellement souvent et chez tant de personnes, qu’il est difficile de nier que parfois certaines informations surgissent brutalement du néant, sans passer par aucun de nos cinq sens, court-circuitant nos processus intellectuels. Mais de quel néant s’agit-il ?

L’intuition est le langage du cœur et non de la raison. C’est le langage de la compassion, de l’amour, de la musique, des arts en général. Un élan de compassion vrai n’est pas raisonné mais intuitif. Une création artistique n’est pas non plus le fruit d’un raisonnement mais celui d’une intuition, quant à l’amour, quoi de plus irraisonné !

La raison est un langage de communication avec les autres, construit sur des conventions, qui se traduisent toujours par des symboles auxquels nous avons convenu de donner une signification.

L’intuition c’est la communication avec l’Univers sans transmettre aucun symbole. C’est un langage mystérieux qui n’est que silence. Un langage qui ne porte aucun geste aucun son, un langage qui n’est que silence même pour nous-mêmes.

La raison fait du neuf, certes, mais avec de l’ancien, en partant de ce qui existe déjà. Elle s’appuie sur des postulats préalables. Pour mettre quelque chose en place, la raison ne peut pas partir de rien, elle doit composer une pâte qui lui servira à concrétiser ses arguments à venir et donner une existence aux fruits de la Raison.

L’intuition, si elle n’est pas silence complet, sera faite de symboles totalement neufs auxquels personne ne pourra attribuer une signification. Ca ne veut pas dire qu’elle va demeurer sans signification : c’est une œuvre créée. On peut dire, alors, que le Divin a apporté quelque chose de neuf à l’univers entier, pour que la Conscience s’élargisse et progresse. Quand l’intuition naît, quand elle n’a pas encore été traduite, elle est silence.

La raison va s’imprégner de cette nouvelle intuition et va la relier à tout ce dont elle a déjà accouché. Cette nouvelle création va n’avoir, pour finir, d’autre objectif que d’élargir notre Raison, d’élever notre Conscience. Ainsi, la Raison s’élargit grâce aux apports de l’Intuition.

L’intuition, pour finir, peut se nommer : prémonition, pressentiment, révélation, coup de foudre … suivant les domaines concernés mais elle est toujours juste et vrai.

La raison, par la pensée (cette traîtresse) se déguise en intuition quelques fois, ainsi face à un problème donné et après une réflexion, on pense avoir l’intuition de telle ou telle solution pour ce problème, en réalité rien n’est juste et on risque alors de se tromper gravement.








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One Response to Réflexion sur la Raison et l’Intuition

  1. Il faut gagner la vie qui ne finit pas
    Avec la raison, sans la raison ou contre la raison

    La raison est triste ; elle nous attriste ;
    Elle cherche la source du bonheur en vain
    Et, en la cherchant ainsi,
    elle s’éloigne de nous sans fin.

    A cet égard, Unamuno s’accorde sans doute avec Bergson. Selon le penseur espagnol, en effet, l’intelligence a quelque chose de terriblement corrosif : elle pratique une « dissolution rationnelle » qui détruit, par analyse, toute réalité concrète dans sa fraîcheur originelle, pour aboutir à d’impersonnels produits de décomposition, où le moi se perd tout entier.

    L’intellect pousse à l’identité, alors que le réel est toujours hétérogène et multiple ; comprendre c’est figer ; et tuer. « Comment donc la raison va –t-elle s’ouvrir à la révélation de la vie ? C’est un tragique combat, c’est le fond de la tragédie, le combat de la vie avec la raison ». Le rationnel se réduit au rationnel, c’est-à-dire au relatif, et le substrat des choses, dans leur densité même, c’est-à-dire l’absolu, lui échappe.

    C’est pourtant grâce à la raison que nous pouvons construire la logique, cet indispensable instrument de notre activité en ce bas monde et, en particulier, de l’intercommunication avec autrui, comme de notre parole intérieure : « Nous avons besoin de la logique, de ce pouvoir terrible, pour transmettre les pensées et les perceptions et même pour penser et percevoir, parce que nous pensons avec des mots, nous percevons avec des formes. Penser c’est parler, chacun de nous, avec soi-même, et la parole et sociale, et sociales sont la pensée et la logique ». Cela est indéniable ; mais il reste que, derrière les mots, il y a leur contenu et celui-ci est éminemment « personnel, intransmissible et intraduisible » ; la réalité profonde est ineffable et ne peut pas être appréhendée par la raison ; ainsi Hegel s’est-il bien trompé en affirmant que tout le réel est rationnel.
    Unamuno, par Alain Guy, docteur de lettres, professeur d’histoire de la philosophie à la Faculté des lettres de Toulouse.