• Archives de la Catégorie Politique
  • Stupides les électeurs ? Peut-être …

    Economique, sociale, identitaire ? La vraie nature de la crise : une crise de « stupidité » !

    Laurent Vilanova, Université Lumière Lyon 2

    Les analystes de tous bords s’épanchent sur la nature de « la crise » que traverse actuellement la France : économique et sociale pour certains, identitaire pour d’autres. Les solutions avancées par les candidats à l’élection présidentielle pour en sortir ont souvent un caractère sommaire. On propose de faire payer les riches. Ou de fermer les frontières. The Conversation

    Une bonne part des citoyens adhère à ces discours simplistes, une autre se désintéresse du débat politique avec le sentiment que celui-ci aboutit à une impasse. En fait, la difficulté à fournir des réponses convaincantes pourrait bien résulter d’une erreur de départ sur la vraie nature de la crise. Plus qu’économique, sociale ou identitaire, la crise que nous subissons pourrait être… une crise de stupidité.

    Le terme est provocateur, bien sûr. Il doit être compris au-delà de son sens commun. En psychologie, la stupidité englobe non seulement le déficit de savoir mais aussi l’incapacité ou l’absence de volonté d’utiliser et de développer son savoir. Parmi les nombreuses manifestations de stupidité mises en évidence par la recherche en sciences sociales, deux d’entre elles sont particulièrement éclairantes au vu de la crise actuelle.

    La préférence pour des leaders et des organisations «stupides»

    Quand les individus s’abstiennent d’utiliser leur savoir, ils ont tendance à choisir pour leaders les personnes affichant une forte confiance en elles et exprimant les jugements les plus péremptoires, même si ces personnes se trompent en moyenne plus souvent que les autres. C’est la première manifestation de la stupidité qui nous intéresse.

    Ensuite, nombre d’organisations instaurent aujourd’hui en leur sein une culture de la stupidité consistant à privilégier l’action sur la réflexion. Cette culture expliquerait en particulier pourquoi l’industrie de la finance s’est mise, au cours des années 2000, à émettre des produits financiers complexes dont elle ne savait pas évaluer les risques, entraînant un krach boursier. Ladite culture s’est développée au sein d’une industrie employant des individus surdiplômés – les traders de la City. Suggérant que la stupidité ne serait pas toujours due à un défaut d’éducation ou d’intelligence.

    L’organisation « stupide » est dans certains cas efficace

    Cette culture comporte des avantages. Au sein des organisations, l’absence de doute et de réflexion critique permet d’éviter les conflits. Elle facilite la cohésion autour d’un projet commun. L’efficacité d’une organisation serait maximale lorsque ses membres se taisent, non par respect ou crainte de l’autorité, mais parce qu’ils ne doutent pas et suivent sans réfléchir les instructions de leur leader. « Le cerveau est un organe merveilleux qui se met en marche au moment où vous vous réveillez et s’arrête au moment précis où vous arrivez au bureau », dit une plaisanterie souvent attribuée au poète américain Robert Frost.

    Il n’y a qu’un pas à franchir pour conclure que les organisations les plus efficaces seraient celles organisées autour d’un chef charismatique, impulsant la marche à suivre à des subordonnés qui ne se posent aucune question et mettent en œuvre sans réfléchir – et avec entrain – les décisions prises « en haut ».

    Les observateurs attentifs de la vie politique n’auront aucun mal à trouver des exemples de ce type d’organisation quasi-militaire au sein des partis politiques français. Ce modèle est également au cœur de la plupart des théories des organisations et des pratiques d’entreprises. Sa vertu est d’accélérer la prise de décision au prix d’une absence de débat et de réflexion. Ce faisant, les organisations « stupides » pourraient s’avérer efficaces dans un environnement très concurrentiel et hostile. Dans ce sens, plusieurs travaux évolutionnistes récents défendent la thèse que certaines formes de stupidité comme l’excès de confiance en soi permettraient d’augmenter les chances de survie des individus ou des organisations.

    Les individus préfèrent souvent rester « ignorants »

    S’il est aisé de comprendre pourquoi les dirigeants politiques et économiques ont intérêt à instaurer une culture de la stupidité qui renforce leur pouvoir et accroît la productivité à court terme de leur organisation, il est plus difficile de comprendre pourquoi les citoyens et les employés y adhèrent.

    Plusieurs travaux démontrent que de nombreuses personnes retirent une satisfaction personnelle à rester « ignorants ». Le choix de l’ignorance permet en effet de protéger son ego et de se dédouaner en cas d’échec. Bien sûr, celle-ci peut être subie, mais on est parfois étonné par le manque d’initiative des citoyens pour parfaire leurs connaissances sur des sujets aussi importants que l’économie ou les changements climatiques. N’est-il pas plus confortable de rester ignorant du réchauffement de la planète quand on souhaite à la fois maintenir ses habitudes de consommation et préserver son estime de soi ?

    La stupidité s’avère dangereuse dans un environnement complexe

    Si la culture de la stupidité montre une certaine efficacité par « temps calme », elle peut cependant entraîner des effets dévastateurs à long terme, dans un environnement en perpétuel mouvement. Elle engendre un manque de créativité et peut pousser les organisations et les individus à persister dans des actions collectives éculées.

    Il est tentant d’établir un parallèle avec la situation dans laquelle se trouve la société française. Le monde est aujourd’hui incroyablement plus complexe qu’il ne l’était il y a quelques décennies tant du point de vue géopolitique (le conflit syrien en atteste) qu’économique (citons la mondialisation des échanges). Les remèdes efficaces dans le passé s’avèrent inopérants ; les hommes politiques apparaissent désarmés, appelant à des « idées nouvelles » mais sans en avancer aucune ; les électeurs sont tentés de mettre au pouvoir les hommes et les partis affichant une confiance inébranlable dans les remèdes les plus « stupides » (ceux qui privilégient l’action sur la réflexion, le court terme sur long terme). D’où le paradoxe apparent entre, d’une part, un environnement de plus en plus complexe et, d’autre part, des propositions politiques de plus en plus simples.

    En réalité, ce paradoxe n’en est pas un. Rien d’étonnant, d’abord, à ce que les élites actuelles, tant politiques qu’économiques, peinent à trouver des solutions face à la complexification de l’environnement. Elles ne sont sans doute pas plus idiotes que celles des années 1960. Elles n’ont simplement pas évolué aussi vite que le monde qui les entoure. On peut d’ailleurs constater que tous les courants politiques connaissent aujourd’hui cet accès de stupidité.

    Gauche et droite en pleine crise de « stupidité »

    La gauche est confrontée à un problème qu’elle peine à résoudre – et même à admettre. Les mesures visant à protéger les « faibles » contre les « puissants » s’avèrent in fine contre-productives. Par exemple, rendre les licenciements plus difficiles limite les embauches, entraîne le développement des CDD ou des emplois intérimaires.

    Le problème de la droite et des « sociaux libéraux » est a contrario de croire – ou de faire semblant de croire – que les mesures en faveur des « puissants » aboutissent inéluctablement à une amélioration de la situation des « faibles ». Par exemple, qu’aider fiscalement les entreprises ou réduire l’ISF entraîne une réduction systématique du chômage…

    Vient s’ajouter à ce contexte la perception, partagée par beaucoup, du caractère fortement menaçant de l’environnement économique et géopolitique. Or, de nombreux travaux montrent qu’un tel sentiment entraîne au sein des organisations une centralisation du pouvoir, un plus fort conservatisme et un moindre effort d’innovation. Leurs membres ont besoin d’être rassurés. Et rien n’est plus rassurant qu’un discours exposant des solutions simples, ne laissant aucune place au doute.

    Les conditions sont donc extrêmement favorables au développement d’une culture de la stupidité dans notre pays. Certains y verront la responsabilité des médias et de la communication politique qui privilégient de plus en plus l’instantanéité et les punchlines. D’autres (ou les mêmes) l’attribueront aux citoyens, qui rejetteraient les discours complexes et préféreraient les messages les plus basiques, comme « mon ennemi, c’est la finance », « la France aux Français » ou « le référendum, c’est la clé ». D’autres enfin, souligneront la faillite des intellectuels et des académiques accusés soit d’abandonner toute rigueur scientifique – à l’image des pseudo-experts des chaînes d’information, soit d’être inaudibles car trop complexes.

    À quand un leader politique avouant publiquement ses doutes ?

    Rompre avec cette culture de la stupidité nécessite deux préalables. Le premier est de prendre conscience que ce qui était n’est plus. Avec pour corollaires le fait que les solutions anciennes ne sont plus – et ne seront plus – efficaces, et que les « rentes » de situation ne pourront être maintenues. On peut regretter à cet égard le poids des conservatismes dans le débat politique actuel, alors même que les inégalités entre les différentes classes de la population sont criantes. Citons par exemple une fiscalité allégée pour les retraités, au regard du chômage des jeunes.

    Enfin, la sortie de crise passe par la réhabilitation du doute et de l’expérimentation. « Ce n’est pas le doute, mais la certitude qui rend fou », écrivait le philosophe Nietzsche dans son tout dernier livre, Ecce Homo. Trouver des solutions innovantes exige d’avoir une soif d’apprendre. Et pour commencer, de prendre conscience des limites de ses connaissances. À quand un leader politique avouant publiquement ses erreurs ou ses doutes sur la marche à suivre ?

    Les discours des candidats à l’élection présidentielle – qui se focalisent sur l’identité nationale, la sécurité ou les baisses de charges pour les entreprises, plutôt que sur l’éducation, l’université, la recherche et l’innovation – ne poussent pas à l’optimisme. C’est pourtant au prix de ce changement de culture que des idées nouvelles et efficaces collectivement pourront véritablement émerger.

    Laurent Vilanova, Professeur en Sciences de Gestion, Université Lumière Lyon 2

    La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.


  • Turquie, la démocratie s’éloigne-t-elle?

    Turquie2
    Source : LE MONDE

    Démocratie à la turque.

    Incapables de former un gouvernement stable depuis les élections législatives du 7 juin, les Turcs sont de nouveaux appelés aux urnes le 1er novembre pour renouveler leur Assemblée nationale. Contrarié par le vote des électeurs qui l’ont privé d’une majorité absolue au Parlement, le président Recep Tayyip Erdogan a montré qu’il était prêt à tout pour monopoliser le pouvoir, réformer la Constitution et imposer un régime présidentiel.

    Car au lieu d’apparaître comme un arbitre au-dessus de la mêlée, le leader de l’AKP, à la tête du pays depuis 2002, a multiplié les provocations et mis les Turcs sous pression, prenant le risque d’abîmer au passage le processus démocratique en Turquie et de bloquer la vie politique en rejetant toute idée de gouvernement de coalition.

    L’avenir suspendu à trois défis

    Pour sortir de cette impasse, ce qui se joue actuellement à Ankara n’est rien d’autre que l’avenir de la démocratie, suspendu à trois défis.

    Le premier défi est institutionnel.

    Les Turcs donneront-ils cette fois-ci une majorité absolue à M. Erdogan ? Rien n’est moins sûr. La société turque a changé en une génération. Les classes moyennes se sont enrichies et les Turcs sont ouverts à la mondialisation. Or, au moment où les citoyens turcs semblent se libérer de la domination paternaliste imposée par M. Erdogan, ce dernier se prend pour le successeur du dernier sultan ottoman et entend cadenasser le pays à tous les échelons du corps social.

    Le deuxième défi est politique.

    Singularité turque, la Constitution a fixé à 10 % le seuil d’entrée au Parlement. M. Erdogan n’a toujours pas digéré le fait que le Parti démocratique des peuples (gauche et prokurde) l’ait déjà franchi une première fois en juin. Il n’est pas le seul, les élites turques ont du mal à accepter l’idée de partager le pouvoir.

    Dans son histoire, impériale ou républicaine, la Turquie a toujours considéré que le pouvoir politique relevait du domaine réservé des élites turques centralisatrices. Il est arrivé dans l’histoire qu’un individu issu d’une minorité nationale ou religieuse non musulmane occupe des places prestigieuses dans l’appareil d’Etat.

    Mais le fait d’entrer en force au Parlement en tant que groupe constitué – en l’occurrence en tant que parti de la gauche démocratique prokurde – représente pour la nouvelle « Sublime Porte » une sorte de crime de lèse-turcité. Peu d’observateurs en Turquie ou à l’étranger relèvent cette pratique arbitraire et antidémocratique proprement turque.

    Enfin, le dernier défi est stratégique

    Et soulève de graves questions pour le développement économique de la Turquie en toute sécurité : quelle que soit l’issue du scrutin, rien ne dit que les fractures ouvertes entre le régime et le PKK, mais aussi les tensions entre Ankara et les djihadistes de Daech, qui multiplie les attentats sur le sol turc, se refermeront.

    D’autant que les métastases de la guerre en Syrie et en Irak peuvent à tout moment ronger le territoire turc et la stabilité du régime. Ce qui ne sera pas sans effet sur la position de la Turquie par rapport à ces conflits périphériques, ni sans incidence sur le processus d’adhésion – déjà bien compromis – d’Ankara à l’Union européenne.

    En juin, les électeurs ont dit non à l’ambition ultraprésidentielle de M. Erdogan.

    En véritable ingénieur du rapport de force, il a riposté en bloquant la vie des institutions républicaines. Le 1er novembre, les électeurs peuvent sortir le pays de l’impasse, satisfaire ou non le projet de leur président et se réveiller au lendemain du scrutin dans une Turquie au bord de l’implosion.


  • C’est très beau l’Amitié !!!

    Sarko Copé
    Source : Le Point

    Sarkozy enfonce son rival Copé

    Interrogé par les enquêteurs de la brigade anticorruption le 4 septembre dernier, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois nié sa participation au système de fausses factures mises en place entre l’UMP et la société Bygmalion. Pendant l’audition – dont les grandes lignes ont été révélées par L’Obs –, l’ex-président de la République en a profité pour enfoncer Jean-François Copé : il était informé du système de fausses factures et a tout cautionné.

    L’ex-président de la République a passé sept heures devant l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) pendant lesquelles il a paru énervé, exaspéré, et a perdu plusieurs fois patience. Les enquêteurs cherchaient à savoir s’il a ou non donné des consignes à ses collaborateurs pour l’organisation des meetings. Non, répond Nicolas Sarkozy. Il n’était au courant de rien et sa préoccupation principale était de « gagner les élections ». « Quant à la maîtrise des coûts, elle relevait de la responsabilité de mon équipe », explique-t-il.

    Un coup de poignard dans le dos.

    Puis les policiers ont montré à l’ancien président de la République un SMS de Jérôme Lavrilleux envoyé à Guillaume Lambert, le directeur de la campagne : « Nous n’avons plus d’argent. JFC [Jean-François Copé] en a parlé au PR [le président de la République]. »

    Mais Nicolas Sakorzy nie en bloc et dit ne pas se souvenir d’une telle conversation. Selon lui, il ignorait également que Jérôme Lavrilleux tenait informé Jean-François Copé de l’évolution des comptes de campagne : « Il [Jean-François Copé] ne m’en a en tout cas jamais parlé. Mais j’observe que Jérôme Lavrilleux en parlait à Copé. Partout où est passé Jean-François Copé, il a pris Bygmalion », déclare le chef de file des Républicains, comme un coup de poignard.

    « On sous-estime gravement mon intelligence »

    Nicolas Sarkozy ne savait rien et tente de se disculper. Il a appris le nom de Bygmalion dans la presse et ignorait qu’elle avait organisé sa campagne. Impossible d’imaginer qu’il ait pu se faire avoir dans ce système grossier de fausses factures. « Cela implique qu’on sous-estime gravement mon intelligence et mon bon sens. […] Le préjudice qui m’est fait pour ma réputation par cette scandaleuse affaire Bygmalion est immense », se défend Nicolas Sarkozy.

    Comment peut-il gouverner la France s’il ne maitrise même pas ses comptes de campagne !

    Au total, la campagne 2012 du candidat sortant n’a pas coûté 22 millions d’euros (soit le montant maximum autorisé par la loi), mais 40 millions. 18 millions d’euros supplémentaires ont en effet été facturés à la société d’événementiel Bygmalion. Un montant qui couvrait le dépassement des frais de campagne du candidat, affirment les dirigeants de Bygmalion.

    Dans cette affaire, 13 personnes ont été mises en examen, mais Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy sont, eux, entendus sous le statut de suspect libre. Reste à savoir si le nouvel axe de défense de l’ancien président – qui fait porter le chapeau à Jean-François Copé – pourrait modifier le cours du dossier.


  • Grèce III . Une victoire ou un désastre de l’Allemagne ?

    merkel1
    Source AFP

    Les voix sont nombreuses en Allemagne pour qualifier ce succès de « désastre » diplomatique

    Alors que Berlin semble avoir imposé la plupart de ses exigences à la Grèce, les voix sont nombreuses en Allemagne à qualifier ce succès de « désastre » diplomatique.

    « En un week-end, le gouvernement allemand a détruit plusieurs décennies de diplomatie », accusait lundi l’hebdomadaire Der Spiegel sur son site internet, déplorant un « catalogue des horreurs » destiné à « humilier la Grèce ».

    Angela Merkel, régulièrement surnommée la « Reine de l’Europe », et son ministre des Finances Wolfgang Schäuble ont incarné une ligne dure décriée à l’étranger mais aussi dans leur pays.

    « La ligne est mince entre sauver et punir la Grèce. Cette nuit, cette ligne a disparu », regrettait sur Twitter Mathias Müller von Blumencron, du quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung.
    Pour le Süddeutsche Zeitung, journal bavarois de centre gauche, « Merkel a réussi à raviver l’image d’une Allemagne laide, avare et au coeur sec, qui commençait seulement à s’estomper ». « Chaque centime d’aide à la Grèce que les Allemands ont tenté d’épargner devra être dépensé deux ou trois fois dans les prochaines années pour redorer cette image », s’inquiète le quotidien.

    Deux comédiens allemands, avant même que ne filtre samedi le projet d’un « Grexit temporaire » envisagé par Berlin, raillaient l’égoïsme national dans une vidéo intitulée Nos précieux euros allemands.

    Leurs personnages, deux Allemands baignant dans un luxe ostentatoire, échangeaient au téléphone leurs vues sur la Grèce, simple compilation de phrases puisées par les auteurs dans la presse allemande.
    « Nous, les Allemands, devrions pouvoir dire si on veut continuer à payer ! » s’exclamait le premier, avant que l’autre ne rétorque : « Vendez vos îles, vous, les Grecs fauchés… et l’Acropole, aussi ! » « Cet été, nous, les Allemands, avons une occasion historique – de ne pas nous comporter comme des connards, pour une fois », concluait le sketch, regardé plus d’un million de fois sur YouTube.

    Manque d’empathie

    Il y a deux ans, un sondage de la BBC faisait pourtant de l’Allemagne le pays le plus populaire au monde, crédité d’une image positive – mêlant succès économique, conscience sociale et diplomatie – par 59 % des personnes interrogées. Mais pour Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères, la crise grecque a attisé le nationalisme et Mme Merkel n’a pas su persuader les Allemands de voir plus loin que leur portefeuille. La chancelière conservatrice, qui fêtera en novembre ses dix ans au pouvoir et bénéficie d’environ 70 % d’opinions favorables, « n’a pas argumenté ni agi comme un politique, mais comme une comptable », accuse M. Fischer.

    « Nous avons gaspillé une immense cote de sympathie avec un désastre de communication », estime de son côté Constanze Stelzenmüller, analyste allemande de la Brookings Institution, groupe de réflexion basé à Washington.

    Pour elle, la ligne allemande témoigne d’un manque d’empathie et aurait été mieux perçue si elle avait reconnu « que les Grecs ordinaires ont réellement souffert plus que d’autres en Europe », explique-t-elle. « Si quelqu’un avait communiqué la position allemande avec professionnalisme, nous ne serions peut-être pas regardés de manière aussi désagréable », renchérit l’historien et journaliste allemand Nils Minkmar sur Twitter.

    Selon Mme Stelzenmüller, les négociations de Bruxelles « ont causé d’importants dégâts », notamment à « l’image de grande puissance inoffensive » que s’efforçait de construire l’Allemagne. Lors de ces pourparlers « incroyablement laids », Angela Merkel a semblé s’adresser à sa propre majorité, lançant au reste de l’Europe un ultimatum « à prendre ou à laisser », observe la chercheuse. Mais même avec une diplomatie plus habile, nuance l’analyste, le statut sans équivalent de l’Allemagne expose le pays aux reproches.

    « C’est le prix du pouvoir », souligne-t-elle.


  • Grèce II. Qu’en pense Varoufakis

    Favourakis
    Yanis Varoufakis © Reuters
    Source : Trends-Tendances

    L’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a donné une interview à la radio ABC, dans l’émisssion Late Night Live.

    Il ne s’est pas montré tendre envers l’accord de renflouement – d’une valeur de 86 milliards d’euros – que le gouvernement grec a accepté. Yanis Varoufakis décrit l’accord avec les créanciers et les autres pays membres de la zone euro comme ‘un nouveau Traité de Versailles’. Une déclaration audacieuse, étant donné que le Traité de Versailles signé après l’armistice en 1918 fut considéré par les Allemands comme humiliant, et a mené au conflit mondial suivant entre 1940 et 1945.

    « Une humiliation »

    C’est précisément le sujet de « l’humiliation » que Varoufakis met en avant pour dénoncer la politique commune de la Troïka – l’UE, le FMI et la BCE.

    « C’est la politique de l’humiliation », dit Varoufakis dans cet interview radiophonique
    .
    « La Troïka veut être certaine qu’elle fera avaler à Alexis Tsipras chaque mot critique qu’il prononça au cours des cinq dernières années à l’adresse de la Troïka. Pas seulement au cours des six derniers mois alors qu’il faisait partie du gouvernement, mais aussi les critiques qu’il a prononcées pendant les années qui ont précédé. »

    « Ceci n’a rien à voir avec l’économie. Ceci n’a rien à voir avec une aide pour remettre la Grèce sur la voie du rétablissement. Ceci est un nouveau Traité de Versailles, un fantôme qui hante à nouveau l’Europe, et le Premier ministre le sait. Il sait qu’il est damné s’il marque son accord, et il sait qu’il est damné s’il ne marque pas son accord », ajoute l’ex-ministre grec des Finances.
    L’accord conclu avec les dirigeants de l’Eurozone contient de lourdes mesures d’austérité qui concernent les pensions, des augmentations d’impôts et la recapitalisation des banques grecques.
    En 67, on utilisa des tanks pour saper la démocratie, maintenant ce sont les banques

    Un coup d’Etat

    Yanis Varoufakis rejette l’accord en des termes très musclés. Il fait une comparaison avec le coup d’Etat des colonels de 1967, qui a inauguré une dictature militaire dans la nation de la Mer Méditerranéenne. Selon lui, il s’agit dans les deux cas d’un coup d’Etat.

    « En 1967, on utilisa des tanks pour saper la démocratie, maintenant ce sont les banques qui le font. Les banques ont été utilisées par des puissances étrangères pour prendre le contrôle du gouvernement. La différence cette fois-ci, c’est qu’elles prennent le contrôle sur tous les biens publics. »

    « La poursuite du renforcement d’Aube Dorée »

    Varoufakis précise encore dans l’interview qu’il veut continuer à remplir son rôle en tant que député d’arrière-plan au parlement, où il reçoit « beaucoup plus d’espace pour manoeuvrer et pour mettre la vérité en lumière ». Toutefois, prévient-il, les nouvelles mesures d’austérité amèneront l’extrême droite en lice. « Au parlement, j’ai observé le côté droit de l’auditorium, où siègent les 10 nazis, représentant « Aube Dorée ». Si notre parti Syriza, qui a suscité tellement d’espoir en Grèce, trahit cet espoir et incline la tête devant cette nouvelle forme d’occupation post-moderne, alors je ne peux pas prévoir d’autre résultat possible que la poursuite du renforcement d’Aube Dorée », lâche-t-il. Selon Varoufakis, Aube Dorée tirera les bénéfices du sentiment anti-austérité dans le pays: « tragique ». « Le projet d’une démocratie Européenne, d’une Union démocratique Européenne unie, vient d’être frappée par une catastrophe majeure », conclut Yanis Varoufakis.


  • Grèce I. « L’Allemagne a désormais une néo-colonie sur la mer Egée »

    merkel
    Source : d’après Peter Mertens, président du PTB

    Ce lundi, les cercles financiers de Francfort exprimaient leur grande satisfaction.

    « Les décisions du plus long sommet de l’UE de toute la crise de la dette dans la zone euro sont nettement marquées de l’empreinte allemande. Il semble qu’Angela Merkel ait clairement remporté une victoire », écrivait ce lundi matin le journal boursier allemand Handelsblatt – même s’il ajoute cependant que « le problème grec est loin d’être résolu ».

    La double tactique a fonctionné

    La double tactique a fonctionné. D’un côté, on a envoyé le rottweiler : le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble a menacé de d’éjecter sans ménagement la Grèce de la zone euro (le fameux Grexit). Et, de l’autre, la Kanzlerin Angela Merkel a pu utiliser cette menace pour mettre l’économie grecque sous tutelle allemande et ainsi assujettir le nouveau gouvernement grec à un diktat colonial.

    L’Etat de droit grec cesse de facto d’exister

    Berlin a contraint Athènes à renoncer à ses derniers restes d’autodétermination. Chaque mesure que prend la Grèce doit d’abord être soumise à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne et au FMI. Et seulement ensuite à son propre Parlement et à sa propre population. C’est littéralement stipulé dans le dictat européen : « Le gouvernement grec doit consulter et obtenir l’accord des Institutions [la Troïka, NdlR] sur tout projet de loi dans certains domaines importants (…) avant de le soumettre au Parlement grec ou à une consultation publique. »

    Cela signifie non seulement que la Grèce est obligée d’appliquer des mesures qui ont été rejetées par une grande majorité de Grecs dans le référendum, mais que toute politique autonome est dorénavant interdite sans l’approbation de l’Allemagne. Pas une seule loi ne peut être votée sans le cachet de Francfort. Plus encore : toutes les mesures prises ces cinq derniers mois par le nouveau gouvernement grec, jusqu’à et y compris la réouverture de la chaîne publique ERT, sont effacées d’un seul coup. L’Etat de droit grec cesse donc de facto d’exister.

    L’Union européenne et surtout l’Allemagne ont désormais une néo-colonie sur la mer Egée

    En outre, le petit pays sur la mer Egée doit vendre tout ce qui peut être intéressant pour les grandes multinationales du continent et d’ailleurs. Son eau, son électricité, ses ports, son infrastructure, ses chemins de fer, ses aéroports …, tout doit être mis à l’encan, un panonceau « A vendre » autour du cou, dans une grande braderie de privatisations. Cela devrait rapporter 50 milliards d’euros, un montant insensé qui signifie que la Grèce devra probablement aussi vendre quelques îles.

    En outre, l’argent ne peut pas être utilisé pour investir ; une moitié est destinée à payer les créanciers étrangers, l’autre, pour recapitaliser les banques !

    Obliger à vendre ce qui est intéressant à des groupes aux capitaux étrangers et liquider ce qui est en concurrence avec ces mêmes groupes, c’est de la politique coloniale. La Grèce devient ainsi une sorte de néo-colonie dans la zone euro. C’est un nouveau statut dans une Union européenne qui nous a autrefois été vendue comme un projet de paix, de progrès et de solidarité !

    Au lieu d’une monnaie de l’intégration, l’euro devient une monnaie de chantage et d’exclusion

    L’euro devient de plus en plus un instrument de l’hégémonie allemande en Europe.

    Grâce à sa politique de dumping salarial, mise sur pied par le gouvernement rouge-vert Schröder-Fischer en 2001, les entreprises allemandes d’exportation ont pu écraser la concurrence sur le continent.
    A cela s’est combinée la politique de subsides de l’Union Européenne, qui a fait en sorte que des pays comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne ont pu importer pendant des années des produits allemands « bon marché ».

    Résultat : ces pays ont été pris en tenailles. Entre 2002 et 2010, les plus importants flux de capitaux sont allés d’Athènes, Lisbonne et Madrid vers Berlin, Amsterdam et Bruxelles. Lorsqu’il s’est ensuite avéré que les comptes grecs avaient été falsifiés, avec l’aide de Goldman Sachs, la Troïka a débarqué à Athènes en mai 2010. Les deux premiers Memoranda of Understanding qui ont été imposés à la Grèce comme un boulet à sa cheville ont encore davantage saigné le pays.

    Ce week-end, l’Allemagne est encore allée une étape plus loin. Le troisième mémorandum est issu du même moule que les deux précédents : il approfondira encore la récession, protégera encore davantage le capital des créanciers et, de temps en temps, jettera une aumône humanitaire aux plus grands miséreux.

    C’est Berlin qui tient les rênes.

    Ce qui est nouveau, c’est que, cette fois, les rênes de ce troisième mémorandum sont, plus que jamais, tenues de manière directe par Berlin. Au lieu d’une monnaie de l’intégration, l’euro devient aujourd’hui une monnaie de chantage politique et d’exclusion. Sous la menace d’éjecter des pays de leur propre union monétaire, l’establishment allemand réalise, au beau milieu de cette crise, son projet d’une Union européenne fédérale autoritaire. Seul celui qui est d’accord avec Berlin peut en faire partie, et celui qui veut mener une autre politique se voit montrer la porte.

    Un nouvel assujettissement économique et politique

    Qu’il ne s’agisse pas seulement d’un assujettissement économique mais également politique, voilà qui est devenu une évidence avec le nouvel ultimatum signifié à Athènes par Angela Merkel. La Grèce a trois jours pour faire passer toute une nouvelle série de lois par le Parlement.

    Que ce soit démocratiquement faisable ou souhaitable ne fait rien à l’affaire. Que ce soit ou non sensé au plan économique, encore moins. D’ici mercredi, le gouvernement grec doit instaurer des taux plus élevés de TVA, même si cela signifie une diminution supplémentaire du pouvoir d’achat et encore un approfondissement de la récession. D’ici mercredi, la Grèce doit également faire passer un nouvelle réforme des pensions, mesure qui portera également atteinte au pouvoir d’achat et ralentira encore davantage l’économie. Ces deux mesures antisociales doivent être coulées en lois pour le milieu de cette semaine, sans quoi l’Union européenne laissera la Grèce faire faillite. En outre, selon le diktat européen, tant les conventions collectives de travail que le droit de grève doivent être rigoureusement limités, histoire d’avoir des garanties suffisantes que les salariés grecs ne s’opposent pas à ce nouveau Traité de Versailles.

    Avec le meurtre de la Grèce souveraine, Berlin envoie un signal clair

    Avec le meurtre de la Grèce souveraine, Berlin envoie un signal clair : il n’y aura pas d’autre politique possible dans l’Union européenne que la politique d’austérité que nous dessinons. C’est dans la ligne des différentes réformes que la zone euro a déjà décidées depuis 2011 : le Two-Pack, le Six-Pack, le système du semestre européen et le Pacte de stabilité. Des réformes qui attribuent toujours plus de pouvoir aux Institutions européennes, et qui sont soutenues par la quasi-totalité des groupes politiques traditionnels européens. Il est temps que tous les groupes européens y réfléchissent à nouveau au lieu de verser des larmes de crocodiles. Car ce week-end, Merkel a signifié haut et clair que l’Allemagne était au sommet de la nouvelle pyramide autoritaire, et qu’elle comptait bien y rester un bon moment.

    Berlin tord le bras à la France

    Merkel a une fois pour toutes clairement montré que c’était Berlin qui établissait les lignes directrices, et non Paris. François Hollande a, en dernière instance, encore essayé de soutenir la lourde série de concessions avec laquelle le gouvernement grec venait à la négociation, mais il s’est vu notifier ce week-end un « nein » très net de la chancelière. L’Allemagne a tordu le bras à la France, et personne ne sait quelles conséquences la scission de l’axe franco-allemand aura dans l’avenir. Il est en tout cas certain que cette épreuve de force a conféré un nouveau souffle au nationalisme français, et que la position du Front National s’en trouvera probablement renforcée !

    « Ce week-end, les oppositions dans l’Eurogroupe sont remontées à la surface, avec les pays qui plaidaient pour un Grexit et les pays qui voulaient un accord, a déclaré l’ancien ministre grec des Finances Varoufakis. Mais tous ces pays ont toujours été unanimes sur un aspect : leur refus de négocier vraiment. » En d’autres termes : dans cette Europe de la concurrence et des inégalités, il n’y a pas de marge pour la négociation. Seuls valent la langue de la guerre économique et les rapports de force financiers.

    « Bis zum Grunde rasieren » (raser jusqu’au sol) toute forme de rébellion

    Il est impossible de juger de la Grèce sans examiner les rapports de force globaux. Chaque période a son catalyseur. Dans l’entre-deux-guerres, c’est Madrid qui, en 1936, a été un catalyseur pour ce qui allait se dérouler en Europe dans la décennie suivante. Aujourd’hui, en 2015, Athènes et Berlin sont le catalyseur de ce qui nous attend dans la période à venir. L’Allemagne veut imposer une Europe d’austérité, de politique d’étranglement et de chantage et « bis zum Grunde rasieren » (raser jusqu’au sol) toute forme de rébellion. Encore une fois, la Grèce n’est pas en « négociation », mais bien dans une situation de guerre économique. Une guerre économique qui a fait fermer les banques, qui crée d’énormes dégâts économiques, qui rend tout approvisionnement impossible et met quasiment la production à l’arrêt. Les conséquences sont plus grandes que celles d’un embargo économique. Dans ce contexte de guerre économique, le dictat européen a été imposé aux Grecs après 17 heures de négociations.

    On donne la corde à Athènes, mais c’est aux Grecs de se pendre eux-mêmes

    Les Grecs doivent amèrement regretter d’être montés « en cachette » dans cette galère européenne !

    Les Grecs ont reçu trois jours pour faire approuver d’impossibles diktats par leur Parlement, sans aucune garantie écrite d’une véritable réduction de la dette. Cela signifie que le nouveau gouvernement grec est obligé de renier son propre programme électoral, tout comme le résultat du référendum. La corde est donnée à Athènes, mais les Grecs ont la liberté de se pendre eux-mêmes. S’ils ne le font pas, l’Union européenne laisse tomber le pays en faillite, et la Grèce sera alors de toute façon éjectée de la zone euro. Le but de cette stratégie de pourrissement est d’encore amplifier les efforts de la Grèce, d’attiser la dissidence interne au sein de Syriza et de rendre possible une sorte de changement de régime : Syriza dépouillé de son propre programme, ou un gouvernement « d’union nationale » – sous la direction ou non de Tspiras- pour appliquer les diktats de la Troïka.

    Celui qui veut une Europe de l’égalité et de la solidarité doit rejeter ce diktat.

    Les Grecs se sont battus, mais ils n’ont pas gagné. Ils ont probablement sous-estimé l’opposant: des meneurs de guerre économique qui, à aucun moment, n’ont été intéressés par un compromis et veulent seulement faire jouer le pouvoir des plus forts dans les rapports de force. Le seul avantage de la situation, c’est que les Grecs ont mis à nu le caractère criminel de ces meneurs de guerre économique.

    Peut-être aurait-il mieux valu élaborer un plan B, pour une sortie en douceur et négociée de la Grèce de la zone euro.

    La marge que les hardliners allemands laissent à une autre politique à l’intérieur de la zone euro semble en effet être proche de zéro. Mais on ne change pas le cours de l’histoire avec des « probablement » et des « peut-être ». Même si le Parlement grec accepte ce diktat, cette crise n’est absolument pas terminée pour autant. Il est certain que, dans toute l’Europe, nous aurons besoin d’un front fort pour nous opposer à la dictature économique et politique de la Troïka et de la Commission européenne.

    C’est aussi malheureusement cette situation qui, partout sur le continent, ouvrira tout grand la porte à un nouveau nationalisme et à des nouveaux courants d’extrême droite. Le diktat scandaleux imposé à Athènes est une politique anti-européenne. C’est la politique de la concurrence, de l’inégalité et du plus fort au plan financier.


  • L’important pour la finance européenne, c’est de détruire Syriza

    eurogroupe2
    Des ministres des finances contents d’eux !

    Source : Par Michel Soudais – Politis.fr

    En représailles d’un référendum en Grèce

    En représailles, à l’annonce d’un référendum en Grèce sur le « plan d’aide » de l’UE, de la BCE et du FMI, les ministres des Finances, réunis au sein de l’Eurogroupe ce samedi à Bruxelles, ont catégoriquement refusé la prolongation d’un mois du programme d’aide actuel, demandé par Athènes afin de pouvoir tenir au-delà du référendum prévu pour le 5 juillet.

    Après s’être entendus sur les termes d’un communiqué très dur qui
    – accuse la Grèce d’avoir rompu les négociations unilatéralement, et
    – affirme que le programme d’aide prend fin mardi 30 juin, ce qui revient à mettre la Grèce en faillite à cette date, les ministres de l’Eurogroupe ont poursuivi leur réunion, sans le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, pour discuter des conséquences de cette décision. Par ce geste, les Dix-huit ont symboliquement acté que la Grèce ne faisait plus partie de la zone euro.

    Un coup d’Etat contre Syriza

    En décidant de couper les vivres à la Grèce mardi, l’Eurogroupe ne fait que mettre un point final au coup d’Etat financier initié par la BCE, dès le 4 février, contre le gouvernement Syriza issu des élections du 25 janvier. Un « coup d’Etat », hélas (mais est-ce si surprenant ?) cautionné par François Hollande. Il est vrai que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, avait donné le signal de l’hallali en affirmant, dès le 29 janvier :

    « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

    Au sein de l’Union européenne, on ne consulte pas le peuple.

    Cet interdit, qui constituait une sorte de clause secrète au traité de Lisbonne, ne souffre plus d’exception dès lors qu’il est question de politique économique. Pour les néo-libéraux aux commandes de l’Union européenne, l’économie est une sorte de loi naturelle qui ne peut être discutée d’aucune manière. Et prime donc sur la démocratie. C’est proprement insupportable.

    Français, rappelez-vous comment votre NON au référendum sur l’Europe a été détourné par Sarko grâce au traité de Lisbonne !


  • Julian Assange (Wikileaks) appelle la France à prendre la tête d’une rébellion

    wikileaks 1
    Je suis fier de toi mon petit !

    … et pendant ce temps-là …

    Julian Assange, fondateur de Wikileaks, était mercredi soir invité du journal télévisé de TF1. L’occasion pour lui de charger les Etats-Unis et d’appeler la France à prendre la tête d’un mouvement européen de rébellion contre la puissance américaine.

    Tout en promettant de nouvelles révélations à venir, plus importantes encore que celles publiées mardi sur l’espionnage des présidents français et de leurs proches conseillers, Julian Assange a chargé les Etats-Unis, mercredi soir, dans une interview accordée à TF1. Les écoutes « touchent directement l’emploi en France », a-t-il affirmé, sûr de toucher une corde sensible des spectateurs du journal télévisé. « Le chômage en France est particulièrement élevé ; il y a une raison à cela, l’une des raisons, c’est que les Etats-Unis jouent un sale jeu et cherchent à marginaliser la compétitivité économique des entreprises françaises et européennes ».

    Le fondateur de Wikileaks suggère par ailleurs à la France d’entamer des poursuites contre les Etats-Unis, après convocation d’une commission d’enquête.

    « Wikileaks compte sur la France, qui doit être une nation souveraine, nos services sont hébergés en France, un certain nombre de membres de ma famille sont en France, et pour des raisons personnelles, d’organisation, nous avons besoin de la France », a-t-il conclu. « Il n’y a que la France qui peut prendre les rênes et mener les choses en Europe ».

    Mon pôôôvre !

    wikileaks 2

    Ah ! Soyons fiers de nos dirigeants !

    Et qu’en pensent les Russes ?

    Le président russe Vladimir Poutine est persuadé que la mise sur écoute des responsables politiques français va être étouffée.

    – Comment va se terminer ce scandale? , a demandé M. Poutine à Sergueï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères.
    – A vrai dire, je crois que l’exemple allemand apporte déjà la réponse: les deux parties vont essayer de l’étouffer et de l’oublier le plus vite possible, a répondu le ministre.
    – Tout à fait d’accord , a répondu le président.

    D’un autre côté, d’après l’Elysée, « des responsables français du renseignement se rendront très prochainement à Washington pour approfondir la coopération », a-t-on annoncé dans un communiqué.

    Il s’avère alors que même si l’ambassadrice des Etats-Unis a été convoquée par le président à l’issue d’un conseil de défense exceptionnel, la France ne peut se permettre de se brouiller avec l’allié américain, vu le nombre d’opérations extérieures dans lesquelles l’armée française est engagée (Mali, Centrafrique, Sahel) et la situation politique et économique en général.

    Donc les américains continuent de tirer les ficelles …


  • 1957, Pierre Mendes France exprime ses doutes européens avec lucidité

    Mendes

    Le 18 janvier 1957 à l’Assemblée nationale, lors du débat sur la ratification du traité de Rome créant le marché commun, Pierre Mendes-France intervient contre ce texte, en particulier au nom de la démocratie.

    Un discours qui laisse perplexe tant la vision parait actuelle et prémonitoire. Ce discours est utile aujourd’hui comme il le fut en 1957 pour démontrer le piège européen dans lequel la France, par ses représentants, s’est volontairement enchaînée.

    De plus qui, savait que l’Angleterre proposait alors un traite de libre échange susceptible de donner une autre perspective européenne moins intégrée ?

    Pour lire le discours en totalité : Discours de Mendes France en 1957

    Extraits du discours

    Sur le plan social

    […] Tout relèvement de salaire ou octroi de nouveaux avantages sociaux n’est-il pas dès lors, et pour longtemps, exclu pour les ouvriers français ?
    Mes chers collègues, il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné, je vous l’avoue, à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre.
    Sur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique.
    Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter.
    La France avait demandé qu’à la fin de la première étape de quatre ans la continuation de la progression vers le Marché commun ne puisse être décidée qu’à l’unanimité des pays participants, c’est-à-dire avec notre assentiment. Une disposition de ce genre a été catégoriquement refusée et il ne reste dans le projet de traité, comme on l’a rappelé à maintes reprises, qu’une clause qui permet, après quatre ans, de faire durer la première étape un an ou deux ans de plus. Ensuite, les décisions sont prises à la majorité.
    Même si l’expérience des six premières années s’est révélée néfaste pour nous, nous ne pourrons plus nous dégager. Nous serons entièrement assujettis aux décisions de l’autorité supranationale devant laquelle, si notre situation est trop mauvaise, nous serons condamnés à venir quémander des dérogations ou des exemptions, qu’elle ne nous accordera pas, soyez-en assurés, sans contreparties et sans conditions.
    Jusqu’à présent, j’ai envisagé les relations commerciales entre pays associés et la disparition progressive des droits de douane et des protections entre eux. Mais il faut aussi examiner leurs relations avec les pays tiers, étrangers à la communauté.

    Ouverture vers la mondialisation du commerce

    […] Il me paraît impossible que l’Assemblée se prononce définitivement sur un objet aussi vaste et qui implique pour notre main-d’œuvre un risque terrible de chômage, sans qu’elle connaisse exactement, par l’étude du nouveau tarif, cependant facile à calculer lorsqu’on dispose des éléments d’information que le gouvernement possède, les conséquences précises qui peuvent en résulter pour l’ensemble de nos productions.

    Toutefois, certaines clauses me paraissent plus préoccupantes encore. C’est, d’abord, celle qui consiste à dire que le tarif externe, déjà très bas, qui protège l’industrie des six pays associés contre la concurrence des autres pays du dehors, pourra être, pour certains produits, totalement suspendu par simple décision de la majorité.

    Compte tenu des tendances vers la fixation de tarifs très bas qui règnent aujourd’hui en Allemagne et en Belgique, nous risquons donc de voir sacrifiées, totalement privées de protection, certaines productions essentielles pour nous et pour notre main-d’œuvre.

    C’est une clause parmi les plus préoccupantes, les plus graves. C’est une clause à écarter en tout cas.
    N’oublions jamais que, parmi nos associés, l’Allemagne, le Benelux et, pour certains produits, l’Italie, voudraient un tarif commun le plus bas possible. Demain, l’autorité supranationale étant chargée de fixer ce tarif, il sera donc inévitablement modéré, parfois même il sera nul ou bien, comme je viens de l’indiquer, il pourra être suspendu. Notre industrie se trouvera alors découverte contre toutes les concurrences du dehors, celle des États-Unis comme celle du Japon.

    Je le répète, il faut que nous sachions que le démantèlement, la libération vers lesquels nous nous acheminons ne vont pas seulement s’appliquer aux échanges entre les six pays participants, ils s’appliqueront aussi à l’égard des importations venues du dehors. C’est bien ce qui explique la déclaration officielle qu’a faite le « State Department » et que vous avez lue dans la presse hier matin, déclaration dans laquelle le gouvernement américain se félicite particulièrement du projet actuellement en discussion et, dit-il, de la libéralisation des contrôles sur les importations provenant de la zone dollar.
    Je le répète, c’est là un aspect du problème sur lequel l’opinion parlementaire et l’opinion publique ne sont peut-être pas suffisamment averties.

    Il ne s’agit pas, mes chers collègues, d’un danger lointain. Il s’agit d’une situation qui va être rapidement sensible.

    Sur les délocalisations prévisibles

    [ … ] Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or, si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français. Il en résultera une diminution des investissements productifs, des pertes de potentiel français et un chômage accru.
    M. le secrétaire d’État aux Affaires étrangères indiquait hier que la libération des mouvements de capitaux ne sera pas complète et qu’un certain nombre de précautions seront prises. Je m’en réjouis. Mais il a aussitôt précisé que la liberté des mouvements de capitaux serait entière pour les investissements à réaliser à l’intérieur des six pays participants.

    La question qui se pose est alors la suivante : où se feront les investissements futurs, créateurs de nouvelles occasions de travail pour la classe ouvrière, créateurs de nouvelles occasions de production pour le pays tout entier ? Où les capitaux des six pays participants se dirigeront-ils pour financer de nouveaux investissements ?

    Il est évident que le mouvement naturel des capitaux, surtout des capitaux privés, sera orienté vers les pays à faibles charges, c’est-à-dire vers les pays où la politique sociale, les obligations militaires et autres sont les moins coûteuses.

    Sur l’indépendance de la France

    [ … ] Eh bien ! Mes chers collègues, le salut de la monnaie — je l’ai dit souvent à cette tribune — exige parfois une politique financière de courage et de rigueur. Des sacrifices peuvent être nécessaires et peut-être avons-nous quelquefois dans ces dernières années manqué du courage qu’il aurait fallu pour les faire aboutir. Mais il appartient néanmoins au Parlement de choisir ces sacrifices et de les répartir et je supporte mal l’idée que ces sacrifices peuvent être demain dosés pour nous, choisis pour nous, répartis pour nous par les pays qui nous sont associés et dont l’objectif premier n’est pas nécessairement le mieux-être en France pour la masse de nos concitoyens et le progrès de notre économie.


  • «Une sédation profonde et continue» jusqu’au décès.

    Sédation

    Une proposition de loi sur la fin de vie

    Les députés ont approuvé mercredi soir une proposition de loi sur la fin de vie, autorisant dans certains cas le recours à «une sédation profonde et continue» jusqu’au décès.

    Cette possibilité de «dormir avant de mourir pour ne pas souffrir», selon l’expression de Jean Leonetti (UMP-droite), co-auteur du texte avec Alain Claeys (PS-gauche), sera réservée à des malades atteints «d’une affection grave et incurable», et dans des situations précisément décrites par la proposition de loi.

    Les députés ont immédiatement appliqué cette nouvelle loi, sur les bancs de hémicycle comme en témoignent les photos prises à l’issue des débats. Ceci prouve combien ils souffraient !

    La sédation pourra être décidée par l’équipe médicale lorsque la souffrance du malade, «dont le pronostic vital est engagé à court terme», ne peut être apaisée par des traitements analgésiques.

    Elle pourra aussi être mise en œuvre lorsque le patient décide, comme la législation actuelle lui en donne déjà le droit, d’arrêter tout traitement, et que cette décision «engage son pronostic vital à court terme».

    _________________________________________________________________________________


  • L’Espagne préfigure-t-elle ce qui attend la France

    Espagne
    Des policiers arrêtent des manifestants lors d’un défilé contre la réforme du droit à l’avortement, le 20 décembre 2013 à Madrid (Andres Kudacki/AP/SIPA)

    Je retourne du coté obscur … désolé !

    Sous couvert de l’inattaquable excuse de la sécurité, le gouvernement de Mariano Rajoy considère préventivement le manifestant comme dangereux. Il est ainsi automatiquement regardé comme une menace à la loi grâce au nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne » adopté par le conseil des ministres le 29 novembre dernier.

    Le metteur en scène et dramaturge, Astrid Menasanch Tobieson qui travaille entre la Suède et l’Espagne.

    Sa lettre ci-dessous était initialement adressée aux journalistes suédois et a été publiée le 19 décembre. Avec l’autorisation de l’auteure, la traductrice a pu la retranscrire Mathilde Rambourg en français.

    La lettre d’Astrid Menasanch Tobieson

    « Bouleversée, je vous écris sous le coup de l’indignation. L’Espagne, dans peu de temps, empruntera le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie fasciste et autoritaire.
    Je vous écris après les événements qui se sont produits dans le quartier de Kärrtorp à Stockholm (où un groupe néonazi ultraviolent a attaqué une manifestation antirasciste il y a quelques jours).
    Je vous écris à propos de qui se trame en Espagne. Je crois en tout cas que la Suède et l’Espagne se ressemblent en un point : l’avancée du fascisme devant l’indifférence de la société. Le 19 novembre, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi dont le but est d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. La méthode est classique : instaurer le silence grâce à la répression.
    Je vous demande maintenant de l’aide, je vous demande d’informer, (…)
    Ces dernières années, le réseau de protection sociale a été ébranlé : privatisation des théâtres, tentatives de privatiser les hôpitaux, droit du travail ébranlé et transformé depuis sa base, licenciements innombrables, familles chassées de leur domicile, éducation civique suspendue dans les écoles, etc.
    Et afin de clore une longue liste, le vendredi 20 décembre, le gouvernement a approuvé la réforme du droit à l’avortement.
    Ce que l’on a désigné comme une crise économique est, depuis le début, avant tout une crise démocratique. La couverture médiatique en Suède et en France sur la situation en Espagne a été très faible, et son analyse d’un point de vue social, inexistante.
    La manifestation qui s’est tenue au pied du Congrès de Madrid le samedi 14 décembre, avait pour but de protester contre une nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.

    Durcissement de la loi

    Cette loi, qui contient 55 articles punit autant d’actes différents, prévoit des amendes pour le manifestant, allant de 100 à 600 000 euros.

    Les infractions ?

    • Pour commencer, toutes les manifestations non-déclarées et prenant place devant le Congrès ou autre édifice appartenant à l’Etat – comme celle qui s’est déroulée samedi 14 à Madrid – seront interdites et la sanction ira jusqu’à 30 000 euros par participant. Cela sera le cas lorsque plusieurs personnes seront considérées comme un groupe.

    • L’interdiction des manifestations non-déclarées s’appliquera également aux réseaux sociaux. Se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionné de 30 000 euros. Créer un groupe, sur les réseaux sociaux ou dans un lieu public, autour de symboles ou de drapeaux, sera interdit : 30 000 euros d’amende.

    • Si dans une manifestation, un citoyen manifeste avec une capuche ou avec le visage couvert : 30 000 euros d’amende.

    • Refuser de décliner son identité devant un policier : 30 000 euros.

    • Empêcher un policier de remplir sa fonction : 30 000 euros, ce qui, dans la pratique, signifie que les sit-in comme ceux qui initièrent le mouvement du 15-M en Espagne « Les Indignés », seront strictement interdits.

    • Déshonorer le drapeau espagnol : 30 000 euros [en France, cet acte est passible de 1 500 euros d’amende, ndlr].

    • Réaliser un dessin satirique, prenant pour sujet, par exemple, un politique, sera interdit.

    • Utiliser des pancartes critiquant la nation espagnole : 30 000 euros.

    • Filmer ou photographier un policier en service : 30 000 euros.

    Et la liste n’est pas exhaustive. Dans tous les cas, le témoignage d’un policier ou d’un agent de sécurité sera suffisant pour infliger une amende au citoyen. (1)
    D’aucuns peuvent par conséquent se demander : l’Espagne fait-elle face à un mouvement de manifestations violentes ? Eh bien non. Le chef de la police Ignacio Casido a déclaré que ces 6 000 manifestations annuelles sont jusqu’à ce jour le mouvement le plus pacifique de l’histoire de l’Espagne.

    Il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était encore une dictature. Il n’y a pas si longtemps non plus que la guerre civile a eu lieu. Tous les débats sont politiques. Informer d’un événement est un acte politique. Ne pas le faire est un acte politique. Le silence est, au plus haut point, un acte politique. Le choix de garder le silence se fige dans la mémoire des générations.
    Cette loi néofasciste qui va être votée n’est pas sans lien avec la montée des fascismes en Europe. Cela nous concerne tous.

    Je m’adresse à tous les journalistes, aux éditorialistes en France. Vous qui détenez l’espace médiatique. Je vous demande sincèrement de briser le silence vis-à-vis du régime qui est en train de s’imposer en Espagne.
    Je vous demande de commencer à informer. Je vous demande de soutenir la liberté d’expression avec vos articles et vos apports au débat, je vous demande d’y apporter des analyses rigoureuses et profondes. Informez !

    Informez sur tout ! »

    (1)

    NOTE DE LA TRADUCTRICE

    Les dénonciations faites par des policiers bénéficient de la présomption de véracité. Par conséquent, c’est celui qui fait l’objet de l’accusation qui devra démontrer la non-véracité de ce qui est avancé par les agents. Le système d’accusation fonctionnait ainsi également sous la dictature franquiste.

    Selon l’écrivain Javier Marias, c’est une négation de la justice : cela revient à condamner directement l’accusé car il sera incapable de démontrer qu’il n’a pas pas commis l’acte dont on l’accuse puisque l’on part de la base que si, il l’a fait. Il sera d’autant plus difficile à l’accusé d’apporter des preuves à cause de la loi qui interdit de photographier ou de filmer des agents de l’ordre.

    Le 29 novembre dernier, le Conseil des ministres du gouvernement conservateur espagnol a approuvé le projet de loi « Sécurité citoyenne » qui réforme le code pénal. Le texte, qui réduit les droits et libertés civiles (mais pas celle de faire l’apologie du franquisme) est unanimement rejeté par les mouvements sociaux, les syndicats, l’opposition, les organisations professionnelles comme celles des juges pour la démocratie, l’association unifiée des gardes civils ou la fédération des journalistes d’Espagne.

    Alors que le Parti socialiste espagnol a demandé à ses alliés européens de se mobiliser contre le projet de loi réduisant les droits d’accès des femmes à l’avortement, certains se demandent pourquoi il n’a pas entrepris la même démarche sur la loi « Sécurité citoyenne ».
    Blandine Grosjean