Jean ROBERTET – L’exposition des couleurs

Partager

J. Robertet

POESIE DU 15° SIECLE Jean ROBERTET (14??-1503)

L’exposition des couleurs

Le blanc
Entre toutes couleurs suis la premiere,
Humilité signiffie et simplesse,
Dont le lys blanc est des fleurs la maistresse :
Saincte Escripture en donne foy planiere.

Bleue
Et moy qui suis de coulleur celestine,
Dont fin azur a son pris et valleur,
Signiffiant loyaulté pour meilleur,
Je doy au blanc par droit estre voisine.

Rouge
Rouge ne doit des autres couleurs moindre
Soy repputer, car il monstre victoire,
Pompe, orgueil, arrogant veyne gloire,
Qui ne peult hault et bas ne veult descendre.

Gris
Je qui suis gris signiffie esperance,
Coulleur moyenne de blanc et noir meslée ;
Et soye seulle ou à autre assemblée,
Le moyen tiens en commune actrempence.

Vert
A l’esmeraulde ressemble precieuse,
Me delectant en parfaicte verdeur ;
Mal seant suis avec noire couleur
Et n’appartiens qu’à personne joyeuse.

Jaulne
De rouge et blanc entremeslez ensamble,
Ma coulleur est ressemblant à soucie ;
Qui joyra d’amours ne se soussie,
Car il me peult porter se bon luy semble.

Violé
Je suis de noir et rouge composée
Coulleur viollée ainsi m’appelle l’on.
Vestu en fut le traistre Gannellon,
Dont par le monde encor suis diffamée.

Tanné
Je porte ennuy en couverte pencée,
Car ma coulleur est de sorte terrestre,
De faitz et ditz qui doubteux peuvent estre,
je suis changeant et de peu de durée.

Noir
Je signiffie dueil et merencolie,
Desplaisance, tristesse, aspre courroux ;
Obscure noire coulleur desplaist à tous ;
Qui son cueur taint en moy fait grant folie.

Riolépiolé
Et moy qui suis riolé piolé,
Broille meslé de rouge, noir et blanc,
Comparé suis de sorte à Faulx Semblant,
Qui a maint homme destruit et afollé.

L’acteur
Prince, qui veult porter coulleur diverse
En devise, cecy luy peult valloir ;
Chascun choisisse et preigne à son vouloir :
Quant est à moy, j’ay prins la blanche et perse.